Grégoire, et Honoré s'éloignèrent pour se consulter, pendant que les élèves continuèrent à s'agiter et à délibérer sur les vexations auxquelles seraient soumis les coupables. On décida que leurs pupitres seraient bouleversés, leurs copies déchirées, leurs livres tachés d'encre, leurs lits inondés, leurs chaussures enlevées, leurs brosses à cheveux brûlées, leurs provisions de bouche saupoudrées de terre et de cendre, leurs cheveux tirés, leurs oreilles, allongées, leurs habits déchiquetés, et quelques autres inventions aussi méchantes. Quand on rentra dans les salles d'étude, Grégoire et Honoré, qui avaient appris par leurs camarades la décision prise contre eux, jugèrent prudent de se déclarer, et ils prièrent le maître d'étude d'aller dire au chef de pension qu'ils étaient les seuls coupables du tour joué à Innocent. Le maître d'étude les engagea à y aller, eux-mêmes et leur donna une permission de sortie de classe.

—Que me voulez-vous. Messieurs? Pourquoi, quittez vous l'étude? leur demanda rudement le maître en les voyant entrer.

Les deux élèves présentèrent leur permission et balbutièrent une phrase pour expliquer que c'étaient eux qui avaient accroché le pot de cirage à la porte du parloir.

—C'est bien. Messieurs; vous faites bien d'avouer la vérité; votre punition en sera plus légère. Au lieu de vous renvoyer de ma maison, comme je l'aurais fait si je vous avais reconnus coupables sans votre aveu, je me borne à vous mettre en demi-retenue de récréation pendant trois jours, et à vous priver de la promenade au bois de Vincennes, jeudi prochain. Allez, Messieurs, et portez à M. Hervé ce papier qui lève la retenue de la classe.

Ce fut ainsi que se termina l'aventure d'Innocent au parloir. Depuis ce jour, les vexations auxquelles il fut soumis furent moins pénibles et moins apparentes, mais dans la grande classe il resta toujours des sentiments de haine et de vengeance dont il eut souvent à souffrir, et que nous aurons encore occasion de signaler.

XIII

LA SORTIE

Innocent partit enchanté de se retrouver avec les siens. Il n'attendit pas Simplicie, Prudence et Coz pour monter quatre à quatre l'escalier de sa tante Et se précipiter dans le salon, où elle jouait sur son violon une symphonie de Beethoven, accompagnée par la flûte de Boginski.

—Bonjour, ma tante, comment vous portez-vous? s'écria Innocent en se jetant à son cou, sans égard pour la symphonie, le violon et l'archet.

MADAME BONBECK.—Que le diable t'emporte! Tu m'as fait rouler mon violon; tu as manqué briser mon meilleur archet, et tu nous as interrompus au plus beau passage de cette admirable symphonie en la bémol.