—Comment, pas d'argent! Et pourquoi venez-vous prendre mes chaises, si vous n'avez pas de quoi les payer?

—Nous croyions que ma bonne était avec nous.

—Ma bonne! Voyez donc ce grand dadais qui se promène avec sa bonne! Tout cela est bel et bon, mon brave garçon, mais il me faut mes six sous, et je saurai bien vous les faire dégorger.

Innocent et Simplicie regardaient alentour d'eux avec frayeur; la foule les entourait et prenait parti, les uns pour la femme, les autres pour les enfants. La femme les tarabustait, les menaçait de les faire arrêter comme vagabonds, et terrifiait de plus en plus les enfants, qui finirent par pleurera et appeler é leur secours Coz et leur bonne.

—Ça n'a pas de bon sens de tourmenter ainsi ces enfants, dit une bonne femme avec un panier sous le bras; vous voyez bien qu'ils n'ont pas de quoi vous payer; laissez-les donc tranquilles!

—Plus souvent que je me laisserais pigeonner de mes six sous! S'ils n'ont pas d'argent, ils ont des vêtements; ceux du garçon sont assez grands pour en vêtir deux. J'ai tout juste besoin d'une calotte pour mon petit gars; j'en trouverai une dans le trop-plein de sa redingote. Voyons, mon garçon, voici des ciseaux; vous allez vous tenir bien tranquille pendant que je vais tailler ma calotte.

—Au secours! au secours! criais Innocent poursuivi par la femme et se sauvant de chaise en chaise.

—Au secours! répétait Simplicie courant après son frère.

—Un sergent de ville arriva et s'informa de la cause de ce tumulte.

—Ils veulent me voler six sous! cria la femme.