La femme, contente de ravoir un argent qu'elle croyait perdu, l'empocha sans répondre. La foule se dispersa, et Prudence, tenant Innocent d'une main, Simplicie de l'autre, et suivie de Coz, se mit en marche pour retourner à la maison, non sans avoir remercié encore le sergent de ville de la protection qu'il avait accordée à ses jeunes maîtres. Le Polonais était honteux d'avoir si mal rempli son rôle.
—Si Madame, Prudence et Mam'selle et Monsieur veut rien dire à tante et à camarade Boginski; moi pas bien faire; moi avoir oublié regarder enfants, avoir regardé chevaux et Mme Prudence. Moi mauvais, mal fait. Tante gronder, camarade gronder! Et moi pauvre, triste. Je vous prie rien dire du pauvre Coz.
PRUDENCE.—Non, mon pauvre Monsieur Coz, je ne dirai rien, ni mes jeunes maîtres non plus, c'est ma faute plus que la vôtre, moi la bonne, moi qui les ai élevés, C'est moi qui suis coupable.
INNOCENT.—Non, non. Prudence, console-toi; nous sommes bien plus coupables que toi; nous marchions, nous nous arrêtions sans penser à toi et sans nous retourner pour voir si tu nous suivais. N'en parlons pas à ma tante; elle serait probablement, en colère.
SIMPLICIE.—Et nous aurions des soufflets pour toute consolation.
COZRGBRLEWSKI.—Et moi chassé; et n'avoir plus chambre ni dîner; garder seulement trente sous, donnés par le gouvernement; c'est pas assez pour tout acheter, tout payer.
PRUDENCE.—N'ayez pas peur. Monsieur Coz; Mme Bonbeck et votre camarade ne sauront pas un mot de l'affaire. Dépêchons-nous pour ne pas être en retard. Mme Bonbeck n'aime pas à attendre.
XIV
POLONAIS RECONNAISSANTS
Ils se dépêchèrent si bien qu'ils arrivèrent à la maison juste à temps pour dîner. Six heures sonnaient comme ils entraient au salon. Coz et Prudence, qui avaient longtemps couru à la recherche des enfants, étaient rouges et suants; il allèrent chacun chez soi pour changer de linge, mais? Coz n'eut que le temps de se baigner le visage; on l'appela et il accourut dans la salle à manger; où Mme Bonbeck se mettait à table avec Boginski et les enfants.