«Pourquoi ris-tu, Paul?» demanda Camille.
PAUL.—C'est parce que Sophie avait une tortue et qu'elle s'est fâchée un jour contre moi parce que je lui disais absolument ce que tu viens de dire.
CAMILLE.—Et qu'est-elle devenue, cette tortue?
PAUL.—Elle est morte après un bain que nous lui avons fait prendre dans la mare.
CAMILLE.—Pauvre bête! Je regrette de ne l'avoir pas vue.
Sophie, qui n'aimait pas qu'on parlât de la tortue, proposa de cueillir des bouquets dans les champs: Camille leur offrit d'aller plutôt cueillir des fraises dans le bois. Ils acceptèrent tous avec plaisir et en trouvèrent beaucoup, qu'ils mangeaient à mesure qu'ils les trouvaient. Ils restèrent deux heures à s'amuser, après quoi il fallut se séparer. Sophie et Paul promirent de rapporter d'Amérique des fruits, des fleurs, des oiseaux-mouches, des perroquets. Sophie promit même d'apporter un petit sauvage, si on voulait bien lui en vendre un. Les jours suivants, ils continuèrent à faire des visites d'adieu, puis commencèrent les paquets. M. de Réan et M. d'Aubert attendaient à Paris leurs femmes et leurs enfants.
Le jour du départ fut un triste jour. Sophie et Paul même pleurèrent en quittant le château, les domestiques, les gens du village.
«Peut-être, pensaient-ils, ne reviendrons-nous jamais!»
Tous ces pauvres gens avaient la même pensée, et tous étaient tristes.
Les mamans et les enfants montèrent dans une voiture attelée de quatre chevaux de poste; les bonnes et les femmes de chambre suivaient, dans une calèche attelée de trois chevaux: il y avait un domestique sur chaque siège. Après s'être arrêtés une heure en route pour déjeuner, ils arrivèrent à Paris pour dîner. On ne devait rester à Paris que huit jours, afin d'acheter tout ce qui était nécessaire pour le voyage et pour le temps qu'on croyait passer en Amérique.