PAUL.—Méchante, va! je ne veux plus te dire un mot.

Et Paul retourna sa chaise pour ne pas voir Sophie, qui était enchantée d'avoir fait peur à Paul et qui recommença à s'occuper de son abeille. Elle leva tout doucement un petit coin du mouchoir, serra un peu l'abeille entre ses doigts à travers le mouchoir, pour l'empêcher de s'envoler, et tira de sa poche son petit couteau.

«Je vais lui couper la tête, se dit-elle, pour la punir de toutes les piqûres qu'elle a faites.»

En effet, Sophie posa l'abeille par terre en la tenant toujours à travers le mouchoir, et d'un coup de couteau elle lui coupa la tête; puis, comme elle trouva que c'était très amusant, elle continua de la couper en morceaux.

Elle était si occupée de l'abeille, qu'elle n'entendit pas entrer sa maman, qui, la voyant à genoux et presque immobile, s'approcha tout doucement pour voir ce qu'elle faisait; elle la vit coupant la dernière patte de la pauvre abeille.

Indignée de la cruauté de Sophie, Mme de Réan lui tira fortement l'oreille.

Sophie poussa un cri, se releva d'un bond et resta tremblante devant sa maman.

«Vous êtes une méchante fille, mademoiselle, vous faites souffrir cette bête malgré ce que je vous ai dit quand vous avez salé et coupé mes pauvres petits poissons…»

SOPHIE.—J'ai oublié, maman, je vous assure.

MADAME DE RÉAN.—Je vous en ferai souvenir, mademoiselle, d'abord en vous ôtant votre couteau, que je ne vous rendrai que dans un an, et puis en vous obligeant de porter à votre cou ces morceaux de l'abeille enfilés dans un ruban, jusqu'à ce qu'ils tombent en poussière.