—J'ai seulement mangé le pain des chevaux, répondit Sophie en pleurant; je l'aime tant! Le panier était si plein que je croyais que maman ne s'en apercevrait pas. Je n'aurai que de la soupe et du pain sec à dîner», ajouta-t-elle en pleurant plus fort.

La bonne la regarda avec pitié et soupira. Elle gâtait Sophie; elle trouvait que sa maman était quelquefois trop sévère, et elle cherchait à la consoler et à rendre ses punitions moins dures. Aussi, quand un domestique apporta la soupe, le morceau de pain et le verre d'eau qui devaient faire le dîner de Sophie, elle les prit avec humeur, les posa sur une table et alla ouvrir une armoire, d'où elle tira un gros morceau de fromage et un pot de confitures; puis elle dit à Sophie:

«Tenez, mangez d'abord le fromage avec votre pain, puis les confitures.» Et, voyant que Sophie hésitait, elle ajouta: «Votre maman ne vous envoie que du pain, mais elle ne m'a pas défendu de mettre quelque chose dessus.»

SOPHIE.—Mais, quand maman me demandera si on m'a donné quelque autre chose avec mon pain, il faudra bien le dire, et alors…

LA BONNE.—Alors, alors vous direz que je vous ai donné du fromage et des confitures, que je vous ai ordonné d'en manger, et je me charge de lui expliquer que je n'ai pas voulu vous laisser manger votre pain sec, parce que cela ne vaut rien pour l'estomac, et qu'on donne aux prisonniers même autre chose que du pain.

La bonne faisait très mal en conseillant à Sophie de manger en cachette ce que sa maman lui défendait; mais Sophie, qui était bien jeune et qui avait envie du fromage qu'elle aimait beaucoup et des confitures qu'elle aimait plus encore, obéit avec plaisir et fit un excellent dîner; sa bonne ajouta un peu de vin à son eau, et, pour remplacer le dessert, lui donna un verre d'eau et de vin sucré, dans lequel Sophie trempa ce qui lui restait de pain.

«Savez-vous ce qu'il faudra faire une autre fois, quand vous serez punie ou que vous aurez envie de manger? Venez me le dire; je trouverai bien quelque chose de bon à vous donner, et qui vaudra mieux que ce mauvais pain noir des chevaux et des chiens.»

Sophie promit à sa bonne qu'elle n'oublierait pas sa recommandation chaque fois qu'elle aurait envie de quelque chose de bon.

X—La crème et le pain chaud.

Sophie était gourmande, nous l'avons déjà dit; elle n'oublia donc pas ce que sa bonne lui avait recommandé, et, un jour qu'elle avait peu déjeuné, parce qu'elle avait su que la fermière devait apporter quelque chose de bon à sa bonne, elle lui dit qu'elle avait faim.