MADELEINE.—Mais comment est-elle devenue aveugle! Elle devait avoir des yeux.
Sophie ne disait rien; elle regardait la poupée et pleurait.
MADAME DE RÉAN.—Je t'avais dit, Sophie, qu'il arriverait un malheur à ta poupée si tu t'obstinais à la mettre au soleil. Heureusement que la figure et les bras n'ont pas eu le temps de fondre. Voyons, ne pleure pas; je suis très habile médecin, je pourrai peut-être lui rendre ses yeux.
SOPHIE, pleurant. —C'est impossible, maman, ils n'y sont plus.
Mme de Réan prit la poupée en souriant et la secoua un peu; on entendit comme quelque chose qui roulait dans la tête. «Ce sont les yeux qui font le bruit que tu entends, dit Mme de Réan; la cire a fondu autour des yeux, et ils sont tombés. Mais je tâcherai de les ravoir. Déshabillez la poupée, mes enfants, pendant que je préparerai mes instruments.»
Aussitôt Paul et les trois petites filles se précipitèrent sur la poupée pour la déshabiller. Sophie ne pleurait plus; elle attendait avec impatience ce qui allait arriver.
La maman revint, prit ses ciseaux, détacha le corps cousu à la poitrine; les yeux, qui étaient dans la tête, tombèrent sur ses genoux; elle les prit avec des pinces, les replaça où ils devaient être, et, pour les empêcher de tomber encore, elle coula dans la tête, et sur la place où étaient les yeux, de la cire fondue qu'elle avait apportée dans une petite casserole; elle attendit quelques instants que la cire fût refroidie, et puis elle recousit le corps à la tête.
Les petites n'avaient pas bougé. Sophie regardait avec crainte toutes ces opérations, elle avait peur que ce ne fût pas bien; mais, quand elle vit sa poupée raccommodée et aussi jolie qu'auparavant, elle sauta au cou de sa maman et l'embrassa dix fois.
«Merci, ma chère maman, disait-elle, merci: une autre fois je vous écouterai, bien sûr.»
On rhabilla bien vite la poupée, on l'assit sur un petit fauteuil et on l'emmena promener en triomphe en chantant: