Le lendemain, Mme de Réan fit appeler Sophie.

«Écoutez, mademoiselle, lui dit-elle, ce que m'écrivait votre papa en m'envoyant la boîte à ouvrage.»

«Ma chère amie, je viens d'acheter une charmante boîte à ouvrage que je vous envoie. Elle est pour Sophie, mais ne le lui dites pas et ne la lui donnez pas encore. Que ce soit la récompense de huit jours de sagesse. Faites-lui voir la boîte, mais ne lui dites pas que je l'ai achetée pour elle. Je ne veux pas qu'elle soit sage par intérêt, pour gagner un beau présent; je veux qu'elle le soit par un vrai désir d'être bonne…»

«Vous voyez, continua Mme de Réan, qu'en me volant, vous vous êtes volée vous-même. Après ce que vous avez fait, vous auriez beau être sage pendant des mois, vous n'aurez jamais cette boîte. J'espère que la leçon vous profitera et que vous ne recommencerez pas une action si mauvaise et si honteuse.»

Sophie pleura encore, supplia sa maman de lui pardonner. La maman finit par y consentir, mais elle ne voulut jamais lui donner la boîte; plus tard elle la donna à la petite Élisabeth Chéneau, qui travaillait à merveille et qui était d'une sagesse admirable.

Quand le bon, l'honnête petit Paul apprit ce qu'avait fait Sophie, il en fut si indigné qu'il fut huit jours sans vouloir aller chez elle. Mais, quand il sut combien elle était affligée et repentante, et combien elle était honteuse d'être appelée voleuse, son bon coeur souffrit pour elle; il alla la voir; au lieu de la gronder, il la consola et lui dit:

«Sais-tu, ma pauvre Sophie, le moyen de faire oublier ton vol? C'est d'être si honnête, qu'on ne puisse pas même te soupçonner à l'avenir.»

Sophie lui promit d'être très honnête, et elle tint parole.

XIX—L'âne.

Sophie avait été très sage depuis quinze jours; elle n'avait pas fait une seule grosse faute; Paul disait qu'elle ne s'était pas mise en colère depuis longtemps; la bonne disait qu'elle était devenue obéissante. La maman trouvait qu'elle n'était plus ni gourmande, ni menteuse, ni paresseuse, elle voulait récompenser Sophie, mais elle ne savait pas ce qui pourrait lui faire plaisir.