MADAME DE RÉAN.—Oui, je vous les donne à tous deux: à toi, Paul, pour te récompenser de ta bonté, de ton obéissance, de ta sagesse; à toi, Sophie, pour t'encourager à imiter ton cousin et à te montrer toujours douce, obéissante et travailleuse, comme tu l'es depuis quinze jours. Venez avec moi chercher Lambert; nous lui expliquerons notre affaire et il nous achètera votre âne et votre voiture.

Les enfants ne se le firent pas dire deux fois, ils coururent en avant; ils trouvèrent Lambert dans la cour, où il mesurait de l'avoine qu'il venait d'acheter. Les enfants se mirent à lui expliquer avec tant d'animation ce qu'ils voulaient, ils parlaient ensemble et si vite, que Lambert n'y comprit rien. Il regardait avec étonnement les enfants et Mme de Réan, qui prit enfin la parole et qui expliqua la chose à Lambert.

SOPHIE.—Allez tout de suite, Lambert, je vous en prie; il nous faut notre âne tout de suite, avant de dîner.

LAMBERT, _riant.—_Un âne ne se trouve pas comme une baguette, mademoiselle. Il faut que je sache s'il y en a à vendre, que je coure dans tous les environs, pour vous en avoir un bien doux, qui ne rue pas, qui ne morde pas, qui ne soit point entêté, qui ne soit ni trop jeune ni trop vieux.

SOPHIE.—Dieu, que de choses pour un âne! Prenez le premier que vous trouverez, Lambert; ce sera plus tôt fait.

LAMBERT.—Non, mademoiselle, je ne prendrai pas le premier venu: je vous exposerais à vous faire mordre ou à recevoir un coup de pied.

SOPHIE.—Bah! bah! Paul saura bien le rendre sage.

PAUL.—Mais pas du tout; je ne veux pas mener un âne qui mord et qui rue.

MADAME DE RÉAN.—Laissez faire Lambert, mes enfants; vous verrez que votre commission sera très bien faite. Il s'y connaît et il ne ménage pas sa peine.

PAUL.—Et la voiture, ma tante? Comment pourra-t-on en avoir une assez petite pour y atteler l'âne?