«Oh! Paul! lui dit-elle, laisse-moi pleurer; cela fait du bien; je sens que je deviens meilleure.»

Mais, quand elle vit que les yeux de Paul commençaient aussi à se mouiller de larmes, elle sécha les siens, elle reprit un visage riant, et ils montèrent ensemble dans leur chambre, où ils jouèrent jusqu'au dîner.

Le lendemain, Sophie proposa une nouvelle promenade en voiture à âne. La bonne lui dit qu'elle avait à savonner et qu'elle ne pourrait pas y aller. La maman et la tante étaient obligées d'aller faire une visite à une lieue de là, chez Mme de Fleurville.

«Comment allons-nous faire?» dit Sophie d'un air désolé.

—Si j'étais sûre que vous soyez tous deux bien sages, dit Mme de Réan, je vous permettrais d'aller seuls; mais toi, Sophie, tu as toujours des idées si singulières, que j'ai peur d'un accident causé par une idée.

SOPHIE.—Oh non! maman, soyez tranquille! Je n'aurai pas d'idée, je vous assure. Laissez-moi aller seuls tous les deux: l'âne est si doux!

MADAME DE RÉAN.—L'âne est doux quand on ne le tourmente pas; mais, si tu te mets à le piquer comme tu as fait l'autre jour, il fera culbuter la voiture.

PAUL.—Oh! ma tante, Sophie ne recommencera pas… ni moi non plus; car j'ai mérité d'être grondé autant qu'elle, puisque je l'ai aidée à percer son soulier avec l'épingle.

MADAME DE RÉAN.—Voyons, je veux bien vous laisser aller seuls, mais ne sortez pas du jardin; n'allez pas sur la grand'route, et n'allez pas trop vite.

—Merci maman, merci ma tante, s'écrièrent les enfants; et ils coururent à l'écurie pour atteler leur âne. Quand il fut prêt, ils virent arriver les deux petits garçons du fermier qui revenaient de l'école. «Vous allez promener en voiture, m'sieur?» dit l'aîné, qui s'appelait André.