Camille:—Il était ici tout à l'heure, il sera rentré.
Il n'était pas rentré, le pauvre enfant, mais il s'était mis à genoux derrière une caisse, et, la tête cachée dans ses mains, il priait et pleurait. Et c'était moi qui avais causé la maladie d'Auguste, l'affreuse inquiétude du malheureux père, et enfin le chagrin de mon petit Jacques! Cette pensée m'attrista moi-même; je me dis que je n'aurais pas dû venger Médor. «Quel bien lui a fait la chute d'Auguste? me demandai-je. Est-il moins perdu pour moi? La vengeance que j'ai tirée m'a-t-elle servi à autre chose qu'à me faire craindre et détester?»
J'attendis avec impatience le lendemain pour avoir des nouvelles d'Auguste. J'en eus des premiers, car Jacques et Louis me firent atteler à la petite voiture pour y aller. Nous trouvâmes, en arrivant, un domestique qui courait chercher le médecin, et qui nous dit en passant qu'Auguste avait passé une mauvaise nuit, et qu'il venait d'avoir une convulsion qui avait effrayé son père. Jacques et Louis attendirent le médecin, qui ne tarda pas à venir, et qui leur promit de leur donner des nouvelles en s'en allant.
Une demi-heure après il descendit le perron.
—Eh bien? eh bien? monsieur Tudoux, comment va Auguste? demandèrent Louis et Jacques.
M. Tudoux, très lentement:—Pas mal, pas mal, mes enfants! Pas si mal que je le craignais.
Louis:—Mais ces convulsions, n'est-ce pas dangereux?
M. Tudoux, de même:—Non, c'était la suite d'un agacement des nerfs et d'une grande agitation. Je lui ai donné une pilule qui va le calmer; ce ne sera pas grave.
Jacques:—Alors, monsieur Tudoux, vous n'êtes pas inquiet, vous ne croyez pas qu'il va mourir?
M. Tudoux, de même:—Non, non, non! ce ne sera pas grave, pas grave du tout.