Camille:—Allez au bout de l'étang, près du bateau.

Pierre:—C'est bien profond par là.

Elisabeth:—Crains-tu que les poissons ne se noient?

Pierre:—Pas les poissons, mais l'un de nous s'il venait à y tomber.

Henri:—Comment veux-tu que nous tombions? Nous ne nous approchons pas assez du bord pour glisser ou rouler dans l'eau.

Pierre:—C'est vrai, mais je ne veux pas tout de même que les petits y aillent.

Jacques:—Oh! je t'en prie, Pierre, laisse-moi aller avec toi; nous resterons très loin de l'eau.

Pierre:—Non, non, restez où vous êtes; nous reviendrons bientôt vous joindre, car je ne pense pas que nous trouvions là-bas plus de poisson que par ici. D'ailleurs, ajouta-t-il, en baissant la voix, c'est votre faute si nous n'avons rien pu attraper; je vous ai bien vus, vous avez jeté dix fois trop de pain; je ne veux pas le dire à Henri, à Auguste, à Camille et à Madeleine, mais il est juste que vous soyez punis de votre étourderie.

Jacques n'insista plus, et raconta aux autres coupables ce que venait de lui dire Pierre. Ils se résignèrent à rester à la place où ils étaient, attendant toujours que les poissons voulussent bien se laisser prendre, et n'en prenant aucun.

J'avais suivi Pierre, Henri et Auguste au bout de l'étang. Ils jetèrent leurs lignes; pas plus de succès là-bas; ils eurent beau changer de place, traîner les hameçons: les poissons ne paraissaient pas.