«C'est singulier! pensai-je. Il n'y a pourtant pas de foire aujourd'hui. Que peuvent faire ici tous mes camarades, nettoyés, pomponnés? Et comme ils sont dodus! On les a bien nourris cet hiver.»

En achevant ces mots, je me regardai; je vis mon dos, mon ventre, ma croupe, maigres, mal peignés, les poils hérissés, mais je me sentais fort et vigoureux.

«J'aime mieux, pensai-je, être laid, mais leste et bien portant; mes camarades, que je vois si beaux, si gras, si bien soignés, ne supporteraient pas les fatigues et les privations que j'ai endurées tout l'hiver.»

Je m'approchai pour savoir ce que voulait dire cette réunion d'ânes, lorsqu'un des jeunes garçons qui les tenaient m'aperçut et se mit à rire.

—Tiens! s'écria-t-il; voyez donc, camarades, le bel âne qui nous arrive. Est-il bien peigné!

—Et bien soigné, et bien nourri! s'écria un autre. Vient-il pour la course?

—Ah! s'il y tient, faudra le laisser courir, dit un troisième; il n'y a pas de danger qu'il gagne le prix.

Un rire général accueillit ces paroles. J'étais contrarié, mécontent des plaisanteries bêtes de ces garçons, pourtant j'appris qu'il s'agissait d'une course. Mais quand, comment devait-elle se faire? C'est ce que je voulais savoir, et je continuai à écouter et à faire semblant de ne rien comprendre de ce qu'ils disaient.

—Va-t-on bientôt partir? demanda un des jeunes gens.

—Je n'en sais rien, on attend le maire.