André:—Peur! d'un sale bourri comme ça? Ah! pour ça non, nous n'avons pas peur.

Mère Tranchet:—Et pourquoi que vous le tiriez pour l'emmener?

André:—C'était pour lui donner un picotin.

Mère Tranchet: d'un air moqueur.—C'est différent! c'est gentil, ça. Versez-lui ça par terre, qu'il mange à son aise. Et moi qui croyais que vous vouliez lui donner un picotin de malice! Voyez pourtant comme on se trompe.

André et Jeannot étaient honteux et mécontents, mais ils n'osaient pas le faire voir. Leurs camarades riaient de les voir attrapés; la mère Tranchet se frottait les mains, et moi j'étais enchanté. Je mangeais mon avoine avec avidité, je sentais que je prenais des forces en la mangeant; j'étais content de la mère Tranchet, et, quand j'eus tout avalé, je devins impatient de partir. Enfin il se fit un grand tumulte; le maire venait donner l'ordre de placer les ânes. On les rangea tous en ligne; je me mis modestement le dernier. Quand je parus seul, chacun demanda qui j'étais, à qui j'appartenais.

—A personne, dit André.

—A moi! cria la mère Tranchet.

Le maire:—Il fallait mettre au sac de course, mère Tranchet.

Mère Tranchet:—J'y ai mis, monsieur le maire.

—Bon, inscrivez la mère Tranchet, dit le maire.