Je restai donc seul dans le pré; j'étais triste, ma queue me faisait souffrir. Je me demandais si les ânes n'étaient pas meilleurs que les hommes, lorsque je sentis une main douce me caresser, et une voix douce me dire:
«Pauvre âne! on a été méchant pour toi! Viens, pauvre bête, viens chez grand'mère; elle te fera nourrir et soigner mieux que tes méchants maîtres. Pauvre âne! comme tu es maigre!»
Je me retournai; je vis un joli petit garçon de cinq ans; sa soeur, qui paraissait âgée de trois ans, accourait avec sa bonne.
Jeanne:—Jacques, qu'est-ce que tu dis à ce pauvre âne?
Jacques:—Je lui dis de venir demeurer chez grand'mère: il est tout seul, pauvre bête!
Jeanne:—Oui, Jacques prends-le; attends, je vais monter à dos. Ma bonne, ma bonne, à dos de l'âne.
La bonne mit la petite fille sur mon dos; Jacques voulais me mener, mais je n'avais pas de brides.
—Attendez, ma bonne, dit-il, je vais lui attacher mon mouchoir au cou.
Le petit Jacques essaya, mais j'avais le cou trop gros pour son petit mouchoir: sa bonne lui donna le sien, qui était encore trop court.
—Comment faire, ma bonne? dit Jacques prêt à pleurer.