La grand'mère:—Mais il a en effet l'air fort doux; que disiez-vous donc, Emilie, qu'il avait l'air méchant?
Jacques:—N'est-ce pas, grand'mère, n'est-ce pas qu'il est bon, qu'il faut le garder?
La grand'mère:—Cher petit, je le crois très bon; mais comment pouvons-nous le garder, puisqu'il n'est pas à nous? Il faudra le ramener à son maître.
Jacques:—Il n'a pas de maître, grand'mère.
—Bien sûr il n'a pas de maître, grand'mère, reprit Jeanne, qui répétait tout ce que disait son frère.
La grand'mère:—Comment, pas de maître, c'est impossible.
Jacques:—Si, grand'mère, c'est très vrai, la mère Tranchet me l'a dit.
La grand'mère:—Alors, comment a-t-il gagné le prix de la course pour elle? Puisqu'elle l'a pris pour courir, c'est qu'elle l'a emprunté à quelqu'un.
Jacques:—Non, grand'mère, il est venu tout seul; il a voulu courir avec les autres. La mère Tranchet a payé pour prendre ce qu'il gagnerait, mais il n'a pas de maître: c'est CADICHON, l'âne de la pauvre Pauline qui est morte, ses parents l'ont chassé, et il a vécu tout l'hiver dans la forêt.
La grand'mère:—Cadichon! le fameux Cadichon qui a sauvé de l'incendie sa petite maîtresse? Ah! je suis bien aise de le connaître; c'est vraiment un âne extraordinaire et admirable!