Les mamans grondèrent les enfants, les cousins se moquèrent d'elles; je restai près d'eux, mangeant de l'herbe, et les regardant sauter, courir, gambader. J'entendis, pendant ce temps, que les papas arrangeaient une partie de chasse pour le lendemain, que Pierre et Henri devaient avoir de petits fusils pour être de la partie, et qu'un jeune voisin de campagne devait y venir aussi.
XV
LA CHASSE
Le lendemain devait avoir lieu, comme je l'ai dit, l'ouverture de la chasse. Pierre et Henri furent prêts avant tout le monde; c'était leur début; ils avaient leurs fusils en bandoulière, leur carnassière passée sur l'épaule; leurs yeux brillaient de bonheur; ils avaient pris un air fier et batailleur qui semblait dire que tout le gibier du pays devait tomber sous leurs coups. Je les suivais de loin, et je vis les préparatifs de la chasse.
—Pierre, dit Henri d'un air délibéré, quand nos carnassières seront pleines, où mettrons-nous le gibier que nous tuerons?
—C'est précisément à quoi je pensais, répondit Pierre; je demanderai à papa d'emmener Cadichon.
Cette idée ne me plut pas; je savais que les jeunes chasseurs tiraient partout et sur tout, sans s'occuper de ce qui était devant et près d'eux. En visant une perdrix, ils pouvaient m'envoyer leur plomb, et j'attendis avec inquiétude la suite de la proposition.
—Papa, dit Pierre à son père qui arrivait, pouvons-nous emmener Cadichon?
—Pour quoi faire? répondit le papa en riant; tu veux donc chasser à âne, et poursuivre les perdrix à la course! Dans ce cas, il faut d'abord attacher des ailes à Cadichon.
Henri, contrarié:—Mais non, papa, c'est pour notre gibier quand nos carnassières seront trop pleines.