Le père, les oncles, les gardes même partirent d'un éclat de rire qui rendit les enfants rouges de colère.
—Ecoutez, dit enfin le papa de Pierre et de Henri, puisque c'est faute de chiens que votre gibier a été perdu, vous allez avoir chacun le vôtre quand nous nous remettrons en chasse.
Pierre:—Mais les chiens ne voudront pas nous suivre, papa ils ne nous connaissent pas autant que vous.
Le père:—Pour les obliger à vous suivre, nous vous donnerons les deux gardes, et nous ne partirons qu'une demi-heure après vous, afin que les chiens n'aient pas la tentation de nous rejoindre.
Pierre, radieux:—Oh! merci, papa! à la bonne heure! avec les chiens, nous sommes bien sûrs de tuer autant que vous.
Le déjeuner finissait, on était reposé, et les jeunes chasseurs étaient pressés de se remettre en chasse avec les chiens et les gardes.
—Nous allons avoir l'air de vrais chasseurs, dirent-ils d'un air satisfait.
Les voilà partis encore une fois, et moi suivant comme avant le déjeuner, mais toujours de loin. Les papas avaient dit aux gardes de marcher près des enfants, et d'empêcher toute imprudence. Les perdrix partaient de tous côtés comme le matin, les jeunes gens tiraient comme le matin, et ne tuaient rien comme le matin. Pourtant les chiens faisaient bien leur office; ils quêtaient, ils arrêtaient, seulement ils ne rapportaient pas, puisqu'il n'y avait rien à rapporter. Enfin, Auguste, impatienté de tirer sans tuer, voit un des chiens en arrêt; il croit qu'en tirant avant que la perdrix parte, il tuera plus facilement. Il vise, il tire, ... le chien tombe en se débattant et en poussant un cri de douleur.
—Corbleu! c'est notre meilleur chien! s'écria le garde en s'élançant vers lui.
Quand il arriva, le chien expirait. Le coup l'avait frappé à la tête; il était sans mouvement et sans vie.