Madeleine:—Je l'appellerai Madelon.

Henri:—Quelle horreur! Madelon! D'abord ce n'est pas un nom.

Madeleine:—C'est un nom tout comme Pierrette.

Henri:—Pierrette est plus joli; et puis, tu vois bien que Pierre a cédé.

—Je pourrai bien céder aussi, dit Madeleine en riant: mais nous avons le temps d'y penser.

Nous arrivions au château; chacun descendit de voiture et alla défaire sa belle toilette; on m'enleva aussi mes pompons, mes dahlias, et je revins brouter mon herbe pendant que les enfants mangeaient leur goûter.

XIX

L'ÂNE SAVANT

Un jour, je vis accourir les enfants dans le pré où je mangeais paisiblement, tout près du château. Louis et Jacques jouaient auprès de moi, et s'amusaient à monter lestement sur mon dos; ils croyaient être agiles comme des faiseurs de tours, et ils étaient, je dois l'avouer, un peu patauds, surtout le bon petit Jacques, gros, joufflu, plus trapu et plus petit que son cousin. Louis parvenait quelquefois, en s'accrochant à ma queue, à grimper (il disait s'élancer) sur mon dos; Jacques faisait des efforts prodigieux pour y arriver à son tour; mais le bon petit gros roulait, tombait, soufflait, et ne pouvait y arriver qu'avec l'aide de son cousin, un peu plus âgé que lui. Pour leur épargner une si grande fatigue, je m'étais placé près d'une petite butte de terre. Louis avait déjà montré son agilité; Jacques venait de se placer sans grand effort, lorsque nous entendîmes accourir la bande joyeuse. «Jacques, Louis, criaient-ils, nous allons bien nous amuser; nous allons à la foire après-demain, et nous verrons un âne savant.»

Jacques:—Un âne savant? Qu'est-ce que c'est qu'un âne savant?