SOPHIE.—Oui, c'est Palmyre; elle les enveloppe tous comme cela.
MARGUERITE, _de même.—_En a-t-elle élevé beaucoup?
SOPHIE.—Oh non! ils mouraient tous; nous ne comprenions pas pourquoi.
ÉLISA.—Comment? vous ne compreniez pas que les oiseaux, n'ayant pas d'air, étouffaient dans les chiffons et le coton?
SOPHIE.—Mais non; je croyais que les oiseaux n'avaient pas besoin de respirer.
ÉLISA.—Ah! ah! ah! en voilà une bonne! Tous les oiseaux respirent et ont besoin d'air, mademoiselle, et ils étouffent quand ils n'en ont pas.
SOPHIE, _d'un air confus.—_Je ne savais pas.
ÉLISA.—Allons, laissez-moi cet oiseau; ne vous en occupez plus; je m'en charge et je vous l'élèverai, Madeleine.
En effet, Élisa dirigea l'éducation du rouge-gorge. Madeleine partageait les soins qu'elle lui donnait, elle l'aidait à changer la laine de son nid, à nettoyer sa cage, à faire une pâtée d'oeufs, de pain et de lait. Le petit oiseau s'était attaché à elle; elle l'avait nommé Mimi; il venait quand elle l'appelait, et se posait souvent sur son bras pendant qu'elle prenait ses leçons. Il finit par ne plus la quitter; la porte de sa cage restait toujours ouverte, et il y entrait pour manger et dormir; le reste du temps il volait dans les chambres; quand la fenêtre était ouverte, il allait se percher sur les arbres voisins, mais il ne s'éloignait jamais beaucoup, et, lorsque Madeleine l'appelait: _Mimi! Mimi! _il revenait à tire-d'aile se poser sur sa tête ou sur son épaule, et la becquetait comme pour l'embrasser. Le matin, Madeleine était souvent éveillée au petit jour par Mimi, qui, perché sur son épaule, allongeait son cou et lui becquetait l'oreille ou les lèvres. «Va-t'en, Mimi, lui disait-elle, laisse-moi dormir.» Mimi rentrait dans sa cage, y restait quelques instants et, quand sa maîtresse s'était endormie, revenait se poser sur son épaule et se mettait à lui siffler dans l'oreille ses plus jolis airs. «Tais-toi, Mimi, lui disait encore Madeleine: tu m'ennuies.» Mimi se taisait, tournait sa petite tête à droite et à gauche, puis, changeant de position, faisait un petit saut et se trouvait sur le nez de la pauvre Madeleine.
Réveillée encore par les petites griffes aiguës de Mimi: «Petit lutin, disait-elle en lui donnant une légère tape, je t'enfermerai demain si tu m'ennuies encore.» Mais Mimi recommençait toujours, et Madeleine ne l'enfermait pas.