CAMILLE.—Ah! ah! ah! quelle modestie! Bravo, ma petite
Marguerite; tu es plus humble que moi, donc tu vaux mieux que moi.
MARGUERITE, _très sérieusement.—_Camille, aurais-tu fait la sottise que nous avons commise l'autre jour en allant dans la forêt?
CAMILLE, _embarrassée.—_Mais… je ne sais… peut-être… aurais-je…
MARGUERITE, _avec vivacité.—_Non, non, tu ne l'aurais pas faite. Et te serais-tu querellée avec Sophie comme je l'ai fait le jour de la fameuse scène des cerises?
CAMILLE, _embarrassée.—_Mais… il y a un an de cela… à présent… tu…
MARGUERITE, avec vivacité.—Il y a un an, il y a un an! C'est égal, tu ne l'aurais pas fait. Et tout à l'heure, aurais-tu renversé mon panier comme a fait Sophie? aurais-tu boudé comme je l'ai fait?… Tu ne réponds pas! tu vois bien que tu es obligée de convenir que toi et Madeleine vous êtes meilleures que nous.
CAMILLE, _l'embrassant.—_Nous sommes plus âgées que vous, et par conséquent plus raisonnables; voilà tout. Pense donc que je me prépare à faire ma première communion l'année prochaine.
SOPHIE.—Et moi, mon Dieu, quand serai-je digne de la faire?
CAMILLE.—Quand tu auras mon âge, chère Sophie; ne te décourage pas; chaque journée te rend meilleure.
SOPHIE.—Parce que je la passe près de vous.