Mme de Fleurville, pour toute réponse, alla avec Camille trouver Marguerite; elle regarda la morsure et vit un petit trou peu profond qui ne saignait plus.

«Vite, Rosalie (c'était la cuisinière), un seau d'eau fraîche! Donne-moi ta main, Marguerite! Trempe-la dans le seau. Trempe encore, encore; remue-la bien. Donne-moi une forte poignée de sel, Camille, … bien… Mets-le dans un peu d'eau… Trempe ta main dans l'eau salée, chère Marguerite.

—J'ai peur que le sel ne me pique, dit Marguerite en pleurant.

—Non, n'aie pas peur; ce ne sera pas grand-chose. Mais, quand même cela te piquerait, il faut te tremper la main, sans quoi tu serais très malade.»

Pendant dix minutes, Mme de Fleurville obligea Marguerite à tenir sa main dans l'eau salée. S'apercevant de la frayeur de la pauvre enfant, qui contenait difficilement ses larmes, elle l'embrassa et lui dit:

«Ne t'effraye pas, ma petite Marguerite; ce ne sera rien, je pense. Tous les jours, matin et soir, tu tremperas ta main dans l'eau salée pendant un quart d'heure; tous les jours tu mangeras deux fortes pincées de sel et une petite gousse d'ail. Dans huit jours ce sera fini.

—Maman, dit Camille, n'en parlons pas à Mme de Rosbourg, elle serait trop inquiète.

—Tu as raison, chère enfant, dit Mme de Fleurville en l'embrassant. Nous le lui raconterons dans un mois.»

Camille et Madeleine recommandèrent bien à Marguerite de ne rien dire à sa maman, pour ne pas la tourmenter. Marguerite, qui était obéissante et qui n'était pas bavarde, n'en dit pas un mot. Pendant huit jours elle fit exactement ce que lui avait ordonné Mme de Fleurville; au bout de trois jours sa petite main était guérie.

Après un mois, quand tout danger fut passé, Marguerite dit un jour à sa maman: «Maman, chère maman, vous ne savez pas que votre pauvre Marguerite a manqué mourir.