SOPHIE.—Quelle idée! Il n'y a pas le moindre danger.

MARGUERITE.—C'est égal! il ne faut pas désobéir à maman.

SOPHIE.—Eh bien, à moi on n'a rien défendu; ainsi je vais tâcher d'enfoncer ce petit hérisson.

Et Sophie, s'avançant avec précaution vers le bord de la mare, allongea le bras et donna un grand coup au hérisson, avec la longue baguette qu'elle tenait à la main. Le pauvre animal disparut un instant, puis revint sur l'eau, où il continua à se débattre. Sophie courut vers l'endroit où il avait reparu, et le frappa d'un second coup de sa baguette. Mais, pour l'atteindre il lui avait fallu allonger beaucoup le bras; au moment où la baguette retombait, le poids de son corps l'entraînant, Sophie tomba dans l'eau; elle poussa un cri désespéré et disparut.

Marguerite s'élança pour secourir Sophie, aperçut sa main qui s'était accrochée à une touffe de genêt, la saisit, la tira à elle, parvint à faire sortir de l'eau le haut du corps de la malheureuse Sophie, et lui présenta l'autre main pour achever de la retirer.

Pendant quelques secondes elle lutta contre le poids trop lourd qui l'entraînait elle-même dans la mare; enfin ses forces trahirent son courage, et la pauvre petite Marguerite se sentit tomber avec Sophie.

La courageuse enfant ne perdit pas la tête, malgré l'imminence du danger; elle se souvint d'avoir entendu dire à Mme de Fleurville que, lorsqu'on arrivait au fond de l'eau, il fallait, pour remonter à la surface, frapper le sol du pied; aussitôt qu'elle sentit le fond, elle donna un fort coup de pied, remonta immédiatement au-dessus de l'eau, saisit un poteau qui se trouva à portée de ses mains, et réussit, avec cet appui, à sortir de la mare.

N'apercevant plus Sophie, elle courut toute ruisselante d'eau vers la maison en criant: «Au secours, au secours!» Des faucheurs et des faucheuses qui travaillaient près de là accoururent à ses cris.

«Sauvez Sophie, sauvez Sophie! elle est dans la mare! criait
Marguerite.

—Mlle Marguerite est tombée dans l'eau, criaient les bonnes femmes; au secours!