Sophie tourna vers Marguerite son visage baigné de larmes et lui répondit avec douceur:

«Tu me fais penser, Marguerite, que j'ai encore autre chose à faire qu'à demander pardon à Camille; je vais de ce pas, ajouta-t-elle en se levant, dire à ma belle-mère et à ces dames que c'est moi qui ai volé les poires, que c'est moi qui dois subir une sévère punition; et que toi, bonne et généreuse Camille, tu ne mérites que des éloges et des récompenses.

—Arrête, Sophie, s'écria Camille en la saisissant par le bras; et toi, Marguerite, rougis de ta dureté, sois touchée de son repentir.»

Marguerite, après une lutte visible, s'approcha de Sophie et l'embrassa, les larmes aux yeux. Sophie pleurait toujours et cherchait à dégager sa main de celle de Camille pour courir à la maison et tout avouer. Mais Camille la retint fortement et lui dit:

«Écoute-moi, Sophie, tu as commis une faute, une très grande faute; mais tu l'as déjà réparée en partie par ton repentir. Fais-en l'aveu à maman et à Mme de Rosbourg; mais pourquoi le dire à ta belle-mère, qui est si sévère et qui te fouettera impitoyablement?

—Pourquoi? pour qu'elle ne te croie plus coupable. Elle me fouettera, je le sais; mais ne l'aurais-je pas mérité?»

À ce moment, Mme de Rosbourg sortit de la serre à laquelle étaient adossés les enfants et dont la porte était ouverte.

«J'ai tout entendu, mes enfants, dit-elle; j'arrivais dans la serre au moment où vous accouriez près de Camille, et c'est moi qui me charge de toute l'affaire. Je raconterai à Mme de Fleurville la vérité; je la cacherai à Mme Fichini, à laquelle je dirai seulement que l'innocence de Camille a été reconnue par l'aveu du coupable, que je me garderai bien de nommer. Ma petite Camille, ta conduite a été belle, généreuse, au-dessus de tout éloge. La tienne, Sophie, a été bien mauvaise au commencement, belle et noble à la fin; toi, Marguerite, tu as été trop sévère, ta tendresse pour Camille t'a rendue cruelle pour Sophie; et toi, Madeleine, tu as été bonne et sage. Maintenant, tâchons de tout oublier et de finir gaiement la journée. Je vous ai ménagé une surprise: on va tirer une loterie; il y a des lots pour chacune de vous.»

Cette annonce dissipa tous les nuages; les visages reprirent un air radieux, et les quatre petites filles, après s'être embrassées, coururent au salon. On les attendait pour commencer.

Sophie gagna un joli ménage et une papeterie.