SUZANNE.—Pour ça, non, madame; elle n'a point voulu nommer personne parce qu'on le lui a défendu, qu'elle dit.

MADAME DE ROSBOURG.—Y a-t-il longtemps qu'elle a cette poupée?

SUZANNE.—Il y a trois jours, madame; elle dit qu'elle l'a rapportée de la ville le jour de l'orage.

MADAME DE ROSBOURG.—Merci, ma petite Suzanne; tu peux t'en aller; voici des pralines pour t'amuser en route.

Et elle lui mit dans la main un gros cornet de pralines; Suzanne rougit de plaisir, fit une révérence et s'en alla.

«Chère amie, dit Mme de Fleurville à Mme de Rosbourg, il me paraît certain que Jeannette a la poupée de Marguerite; allons-y toutes. Mettez vos chapeaux, petites, et dépêchons-nous de nous rendre au moulin.»

Les enfants ne se le firent pas dire deux fois; en trois minutes elles furent prêtes à partir. Tout le monde se mit en marche; au lieu de la consternation et du silence qui avaient attristé la même promenade, trois jours auparavant, les enfants s'agitaient, allaient et venaient, se dépêchaient et parlaient toutes à la fois.

Elles marchèrent si vite, qu'on arriva en moins d'une demi-heure. Les petites allaient se précipiter toutes trois dans le moulin en appelant Jeannette et en demandant la poupée. Mme de Rosbourg les arrêta et leur dit:

«Ne dites pas un mot, mes enfants, ne témoignez aucune impatience; tenez-vous près de moi, et ne parlez que lorsque vous verrez la poupée.»

Les petites eurent de la peine à se contenir; leurs yeux étincelaient, leurs narines se gonflaient, leur bouche s'ouvrait pour parler, leurs jambes les emportaient malgré elles, mais les mamans les firent passer derrière, et toutes cinq entrèrent ainsi au moulin.