MADELEINE.—Merci, Jean; s'il y avait eu du danger, tu nous aurais défendues bravement.
CAMILLE.—Léon, pourquoi plaisantes-tu du courage de Jean? Il pouvait y avoir du danger, car je suis sûre d'avoir entendu marcher avec précaution dans le fourré, comme si on voulait se cacher.
Camille, qui pressentait une dispute, changea la conversation en parlant de leur cabane. Elle demanda qu'on choisît l'emplacement; après bien des incertitudes, ils décidèrent qu'on la bâtirait en face de celle de Jacques. Ensuite, ils allèrent chercher des pièces de bois et les planches nécessaires pour la construction. Ils firent leur choix dans un grand hangar où il y avait du bois de toute espèce. Ils chargèrent leurs planches et leurs piquets sur une petite charrette à leur usage; Léon et Jean s'attelèrent aux brancards, Camille et Madeleine poussaient derrière, et ils partirent au trot, passant en triomphe devant Jacques, Marguerite et Sophie qui couraient dans le pré après les papillons; ceux-ci allèrent se ranger en ligne au coin du bois et leur présentèrent les armes avec leurs filets à papillons, tout en riant d'un air malicieux.
Jean, Camille et Madeleine rirent aussi d'un air joyeux; Léon devint rouge et voulut s'arrêter; mais Jean tirait, Camille et Madeleine poussaient, et Léon dut marcher avec eux.
Bientôt après, la cloche du déjeuner se fit entendre; les enfants laissèrent leur ouvrage et montèrent pour se laver les mains, donner un coup de peigne à leurs cheveux et un coup de brosse à leurs habits.
On se mit à table; M. de Traypi demanda des nouvelles des cabanes.
«Marchent-elles bien, vos constructions? Êtes-vous bien avancés, vous autres grands garçons? Quant à mon pauvre Jacquot, je présume qu'il en est encore au premier piquet. Hé, Léon?»
LÉON, _d'un air de dépit.—_Mais non, mon oncle; nous ne sommes pas très avancés; nous commençons seulement à placer les quatre piquets des coins.
M. DE TRAYPI.—Et Jacques, hé, où en est-il?
LÉON, _de même.—_Je ne sais pas comment il a fait, mais il a déjà commencé comme nous.