MARGUERITE, _avec vivacité.—_Qu'il a plus d'esprit que toi et qu'il pouvait te jouer un tour innocent, sans que tu aies le droit de t'en fâcher.

LÉON, _piqué.—_Aussi je ne m'en fâche pas, mesdemoiselles; soyez assurées que je saurai respecter l'esprit et la sagesse de votre protégé.

MARGUERITE, _vivement.—_Un protégé qui deviendra bientôt un protecteur.

JACQUES, _à Marguerite avec vivacité.—_Et qui ne se mettra pas derrière toi quand il y aura un danger à courir.

LÉON, _avec colère.—_De quoi et de qui veux-tu parler, polisson?

JACQUES, _vivement.—_D'un poltron et d'un égoïste.

Camille, craignant que la dispute ne devînt sérieuse, prit la main de Léon et lui dit affectueusement:

«Léon, nous perdons notre temps; et toi, qui es le plus sage et le plus intelligent de nous tous, dirige-nous pour notre pauvre cabane si en retard, et distribue à chacun de nous l'ouvrage qu'il doit faire.

—Je me mets sous tes ordres», s'écria Jacques qui regrettait sa vivacité.

Léon, que la petite flatterie de Camille avait désarmé, se sentit tout à fait radouci par la déférence de Jacques, et, oubliant la parole trop vive que celui-ci venait de prononcer, courut aux outils, donna à chacun sa tâche, et tous se mirent à l'ouvrage avec ardeur. Pendant deux heures il travaillèrent avec une activité digne d'un meilleur sort; mais leurs pièces de bois ne tenaient pas bien, les planches se détachaient, les clous se tordaient. Ils recommençaient avec patience et courage le travail mal fait, mais ils avançaient peu. Le petit Jacques semblait vouloir racheter ses paroles par un zèle au-dessus de son âge. Il donna plusieurs excellents conseils, qui furent suivis avec succès. Enfin, fatigués et suants, ils laissèrent leur maison jusqu'au lendemain, après avoir jeté un regard d'envie sur celle de Jacques déjà presque achevée. Jacques, qui avait semblé mal à l'aise depuis la querelle, les quitta pour rentrer, disait-il, et il alla droit chez son père qui le reçut en riant.