CAMILLE.—Descendons pour la recevoir; il le faut bien.

MADELEINE.—Comme c'est assommant!

PAUL.—Nous irons tous avec vous: de cette façon ce sera moins ennuyeux.

CAMILLE.—Merci, Paul; j'accepte avec plaisir.

JEAN.—Quelle foule nous allons faire! la pauvre fille ne saura auquel entendre: entrons et défilons deux à deux, comme pour une princesse.

Et tous les enfants, étant convenus de faire des révérences solennelles, firent leur entrée au salon marchant deux à deux. C'était une petite malice à l'intention des toilettes et de la mère et de la fille.

Camille et Léon se donnant la main avancèrent, saluèrent et allèrent se ranger pour laisser passer Madeleine et Paul, qui en firent autant, ensuite Sophie et Jean, auxquels succédèrent Marguerite et Jacques. M. de Rosbourg regardait d'un air surpris tous les enfants défiler et saluer; il sourit au premier couple, rit au second, se mordit les lèvres au troisième, et se sauva pour rire à l'aise au quatrième. Mlle Yolande Tourne-Boule parut ravie de cet accueil solennel; elle crut avoir inspiré le respect et la crainte et rendit les saluts par des révérences de théâtre accompagnées d'un geste protecteur de la main; elle traversa ensuite le salon et alla se placer devant les enfants qui s'étaient groupés au fond.

«Je suis très satisfaite, messieurs et mesdemoiselles, dit-elle, de vous connaître avant de quitter le pays; j'espère que vous viendrez me voir à Paris, à l'hôtel Tourne-Boule, qui est à mon père, et qui est un des plus beaux hôtels de Paris. Je vous ferai inviter aux soirées et aux bals que ma mère compte y donner. Et même, pour ne vous laisser aucune inquiétude à ce sujet, je vous engage, monsieur _(s'adressant à Paul), pour la première valse, et vous, monsieur (s'adressant à Jean), pour la première polka, et monsieur (s'adressant à Léon), _pour la première contredanse..»

PAUL.—Je suis désolé, mademoiselle, de ne pouvoir accepter cet honneur, mais je ne valse pas; je ne connais que la danse des sauvages qui ne vous serait peut-être pas agréable à danser.

JEAN.—Moi aussi, mademoiselle, de même que mon ami Paul, je suis désolé de refuser polka et bal; mais, en fait d'exercice de ce genre, je ne sais que battre la semelle, et je n'oserais vous proposer ce passe-temps agréable, mais peu gracieux.