MADEMOISELLE YOLANDE.—Ce serait assez drôle, en effet. Moi, pauvre! avec trois cent mille francs de rente? Ha! ha! ha!
CAMILLE.—Ne riez pas, ma pauvre demoiselle; ne riez pas! Vous êtes en effet à plaindre. Léon a raison: vous êtes pauvre de bonté, pauvre de charité, pauvre d'humilité, pauvre de raison et de sagesse. Vous voyez bien que vous n'avez pas la vraie richesse, et que, si vous perdiez votre fortune, il ne vous resterait plus rien.
MADEMOISELLE YOLANDE.—Prrrr! quel sermon! Ah çà! mais vous êtes une famille de prêcheurs vertueux, ici. On nous avait bien dit que votre mère était une folle, ainsi que…
CAMILLE.—À mon tour de vous répéter: «C'est trop fort, mademoiselle.» Je ne souffre pas qu'on injurie maman. Viens, Léon, allons rejoindre nos amis; que mademoiselle devienne ce qu'elle pourra avec ses brodequins de satin rose et sa robe de gaze.
Et, prenant la main de Léon, elle s'enfuit en courant, laissant Mlle Yolande dans une colère d'autant plus furieuse qu'elle ne pouvait exercer aucune vengeance. Elle se dirigea vers le château et rentra au moment où son père venait de conclure un second marché avec M. de Rosbourg pour son hôtel à Paris, qu'il lui vendait tout meublé à peine le tiers de ce qu'il lui avait coûté. M. de Rosbourg offrait de l'argent comptant: M. Tourne-Boule, criblé de dettes malgré sa fortune, en avait besoin. Une heure après, un troisième marché était conclu. M. de Rosbourg achetait au nom de Paul d'Aubert, dont il s'était fait nommer tuteur, des forêts attenantes aux châteaux et aux fermes, et qui rapportaient plus de cent mille francs.
«Ainsi, demain, lui dit-il, j'irai signer les actes que vous allez faire préparer, et vous porter une lettre pour mon banquier.»
M. TOURNE-BOULE.—Oui, c'est convenu; mon hôtel, ma terre et la forêt.
—Comment père, votre hôtel? dit Mlle Yolande; et où logerons-nous?
M. TOURNE-BOULE.—Nous passerons l'hiver en Italie, Yolande.
MADEMOISELLE YOLANDE.—Est-ce que vous le saviez, mère?