PAUL.—Vous avez raison, mes amis; Léon n'est plus le même; il vient de se battre avec un courage de lion contre une bande de douze grands garçons pour défendre le pauvre Relmot l'idiot.

LÉON.—Ajoute donc que tu étais avec moi; sans toi je crois en vérité que je n'y aurais pas été.

PAUL.—Et tu aurais bien fait. Seul contre douze, il n'y avait pas à essayer.

JEAN.—Mais qu'aurais-tu fait, toi, si tu avais été seul?

PAUL.—J'aurais appelé mon père, que je savais près de là.

JEAN.—Et s'il n'était pas venu?

PAUL, _avec feu.—_Mon père, ne pas venir à mon appel! Tu ne le connais pas, va; il accourrait n'importe d'où à la voix de son fils. Mais écoutez que je vous raconte les exploits de Léon.

Et Paul leur fit le récit de ce qui venait de se passer, vantant le courage de Léon, s'effaçant lui-même, et peignant avec vivacité et indignation les souffrances du pauvre idiot.

«Que je suis donc malheureux de n'avoir pas été avec vous! dit Jean en frémissant de colère. Avec quel bonheur je vous aurais aidés à rosser ces méchants garçons! J'espère bien que mon oncle n'oubliera pas les visites qu'il a promises aux parents, pour faire donner une bonne correction à ces mauvais garnements.

—Oh! papa ne l'oubliera pas, s'écria Jacques. Pauvre Relmot! nous irons le voir, n'est-ce pas Paul?»