Violette appelait à son secours son frère, son Ourson chéri. A chaque nouvelle attaque du Sanglier, elle renouvelait ses cris; mais Ourson était bien loin, il n'entendait pas: personne ne venait à son aide.

Le découragement la gagnait; la faim se faisait sentir. Elle avait jeté le panier de provisions pour grimper à l'arbre; le Sanglier l'avait piétiné et avait écrasé, broyé tout ce qu'il contenait.

Pendant que Violette était en proie à la terreur et qu'elle appelait vainement du secours, Ourson s'étonnait de ne voir arriver ni Violette ni son dîner.

«M'aurait-on oublié?... se dit-il. Non; ni ma mère ni Violette ne peuvent m'avoir oublié.... C'est moi qui me serai mal exprimé.... Elles croient sans doute que je dois revenir dîner à la maison!... Elles m'attendent! elles s'inquiètent peut-être!...»

A cette pensée, Ourson abandonna son travail, et reprit précipitamment le chemin de la maison. Lui aussi, il voulut abréger la route en marchant à travers bois. Bientôt il crut entendre des cris plaintifs. Il s'arrêta,... écouta.... Son coeur battait violemment; il avait cru reconnaître la voix de Violette.... Mais non... plus rien.... Il allait reprendre sa marche, lorsqu'un cri, plus distinct, plus perçant, frappa son oreille;... plus de doute, c'était Violette, sa Violette qui était en péril, qui appelait Ourson. Il courut du côté d'où partait la voix. En approchant il entendit non plus des cris, mais des gémissements, puis des grondements accompagnés de cris féroces et de coups violents.

Le pauvre Ourson courait, courait avec la vitesse du désespoir. Il aperçut enfin le Sanglier ébranlant de ses coups de boutoir l'arbre sur lequel était Violette, pâle, défaite, mais en sûreté. Cette vue-là lui donna des forces; il invoqua la protection de la bonne fée Drôlette et courut sur le Sanglier sa hache à la main. Le Sanglier dans sa rage soufflait bruyamment; il faisait claquer l'une contre l'autre des défenses formidables, et à son tour il s'élança sur Ourson. Celui-ci esquiva l'attaque en se jetant de coté. Le Sanglier passa outre, s'arrêta, se retourna plus furieux que jamais et revint sur Ourson qui avait repris haleine et qui, sa hache levée, attendait l'ennemi.

Le Sanglier fondit sur Ourson et reçut sur la tête un coup assez violent pour, la fendre en deux; mais telle était la dureté de ses os, qu'il n'eut même pas l'air de le sentir.

La violence de l'attaque renversa Ourson. Le Sanglier, voyant son ennemi à terre, ne lui donna pas le temps de se relever, et, sautant sur lui, le laboura de ses défenses et chercha à le mettre en pièces.

Pendant qu'Ourson se croyait perdu et que, s'oubliant lui-même, il demandait à la fée de sauver Violette; pendant que le Sanglier triomphait et piétinait son ennemi, un chant ironique se fit entendre au-dessus des combattants. Le Sanglier frissonna, quitta brusquement Ourson, leva la tête et vit une Alouette qui voltigeait au-dessus d'eux: elle continuait son chant moqueur. Le Sanglier poussa un cri rauque, baissa la tête et s'éloigna à pas lents sans même se retourner.