Violette essaya de se lever; mais la terreur, le manque prolongé de nourriture, l'avaient tellement affaiblie qu'elle retomba à terre.
«Je ne puis me soutenir, Ourson; je suis faible; qu'allons-nous devenir?»
Ourson était fort embarrassé; il ne pouvait porter si loin Violette, déjà grande et sortie de l'enfance, ni la laisser seule, exposée aux attaques des bêtes féroces qui habitaient la forêt; il ne pouvait pourtant la laisser sans nourriture jusqu'au lendemain.
Dans cette perplexité, il vit tomber un paquet à ses pieds; il le ramassa, l'ouvrit et y trouva un pâté, un pain, un flacon de vin.
Il devina la fée Drôlette, et, le coeur plein de reconnaissance, il s'empressa de porter le flacon aux lèvres de Violette; une seule gorgée de vin, qui n'avait pas son pareil, rendit à Violette une partie de ses forces; le pâté et le pain achevèrent de la réconforter ainsi qu'Ourson, qui fit honneur au repas. Tout en mangeant, ils s'entretenaient de leurs terreurs passées et de leur bonheur présent.
Cependant la nuit était venue; ni Violette ni Ourson ne savaient de quel côté tourner leurs pas pour revenir à la ferme. Ils étaient au beau milieu du bois; Violette était adossée à l'arbre qui lui avait servi de refuge contre le Sanglier; elle n'osait le quitter, de crainte de ne pas retrouver dans l'obscurité une place aussi commode.
«Eh bien? chère Violette, ne t'alarme pas; il fait beau, il fait chaud. Tu es mollement étendue sur une mousse épaisse; passons la nuit où nous sommes; je te couvrirai de mon habit et je me coucherai à tes pieds pour te préserver de tout danger et de toute terreur. Maman et Passerose ne s'inquiéteront pas. Elles ignorent les dangers que nous avons courus, et tu sais qu'il nous est arrivé bien des fois, par une belle soirée comme aujourd'hui, de rentrer après qu'elles étaient couchées.»
Violette consentit volontiers à passer la nuit dans la forêt, d'abord parce qu'ils ne pouvaient faire autrement, ensuite parce qu'elle n'avait jamais peur avec Ourson, et qu'elle trouvait toujours bon ce qu'il avait décidé.
Ourson arrangea donc de son mieux le lit de mousse de Violette; il se dépouilla de son habit et l'en couvrit malgré sa résistance; ensuite, après avoir vu les yeux de Violette se fermer et le sommeil envahir tous ses sens, il s'étendit à ses pieds et ne tarda pas lui-même à s'endormir profondément.