Ourson avait été éveillé aussi par les flammes et par la fumée; il couchait en dehors de la ferme, près de l'étable. Son premier mouvement fut de courir à la porte extérieure de la maison; mais lui aussi ne put l'ouvrir, malgré sa force extraordinaire. La porte aurait dû se briser sous ses efforts: elle était évidemment maintenue par la fée Rageuse. Les flammes gagnaient partout. Ourson se précipita sur une échelle, pénétra à travers les flammes dans un grenier par une fenêtre ouverte, descendit dans la chambre où sa mère et Violette, attendant la mort, se tenaient étroitement embrassées; avant qu'elles eussent eu le temps de se reconnaître, il les saisit dans ses bras, et, criant à Passerose de le suivre, il reprit en courant le chemin du grenier, descendit l'échelle avec sa mère dans un bras, Violette dans l'autre, et, suivis de Passerose, ils arrivèrent à terre au moment où l'échelle et le grenier devenaient la proie des Flammes.

Ourson déposa Agnella et Violette à quelque distance de l'incendie. Passerose n'avait pas perdu la tête: elle arrivait avec un paquet de vêtements qu'elle avait rassemblés à la hâte dès le commencement de l'incendie.

Agnella et Violette s'étaient sauvées nu-pieds et en toilette de nuit; ces vêtements furent donc bien utiles pour les couvrir et les garantir du froid.

Après avoir remercié avec chaleur et tendresse l'intrépide Ourson, qui leur avait sauvé la vie au péril de la sienne, elles félicitèrent aussi Passerose de sa prévoyance.

«Voyez, dit Passerose, l'avantage de ne pas perdre la tête! Pendant que vous ne songiez toutes deux qu'à votre Ourson, je faisais mon paquet des objets qui vous étaient les plus nécessaires.

—C'est vrai; mais à quoi aurait servi ton paquet, ma bonne Passerose, si ma mère et Violette avaient péri?

—Oh! je savais bien que vous ne les laisseriez pas brûler vives! Est-on jamais en danger avec vous? Ne voilà-t-il pas la troisième fois que vous sauvez Violette?»

Violette serra vivement les mains d'Ourson et les porta à ses lèvres. Agnella l'embrassa et lui dit:

«Chère Violette, Ourson est heureux de ta tendresse, qui le paye largement de ce qu'il a fait pour toi. Je suis assurée que, de ton côté, tu serais heureuse de te sacrifier pour lui, si l'occasion s'en présentait.»