La fée approuva Violette d'un signe de tête amical, fit approcher son équipage qui attendait à quelques pas, y monta, et plaça près d'elle la reine, Violette, le prince et Passerose. En moins d'une heure, les alouettes franchirent les trois mille lieues qui les séparaient du royaume de Merveilleux; tout le peuple et toute la cour, prévenus par la fée, attendaient dans les rues et dans le palais. A l'aspect du char, le peuple poussa des cris de joie, qui redoublèrent lorsque, le char s'arrètant sur la grande place du palais, on en vit descendre la reine Aimée, un peu vieillie sans doute, mais toujours jolie et gracieuse; le prince Merveilleux, dont la beauté et la grâce étaient rehaussées par la richesse de ses vêtements, éblouissants d'or et de pierreries: c'était encore une gracieuseté de la fée. Mais les acclamations devinrent frénétiques, lorsque le prince, prenant la main de Violette, la présenta au peuple. Son doux et charmant visage, sa taille fine et élégante, étaient encore embellis par la toilette dont la fée l'avait revêtue d'un coup de baguette. Sa robe était en dentelle d'or, son corsage, ses épaules et ses bras étaient ornés d'une foule d'alouettes en diamants, pas plus grosses que des oiseaux-mouches; sur la tête, elle avait aussi une couronne de petites alouettes en pierreries de toutes couleurs. Son air doux et vif, sa grâce, sa beauté, lui gagneront tous les coeurs. On cria tant et si longtemps: Vive le roi Merveilleux! vive la reine Violette! que plusieurs personnes dans la foule en devinrent sourdes. La fée, qui ne voulait que joie et bonheur dans tout le royaume, les guérit tous, à la prière de Violette. Il y eut un grand repas pour la cour et pour le peuple. Un million trois cent quarante-six mille huit cent vingt-deux personnes dînèrent aux frais de la fée, et chacun emporta de quoi manger pendant huit jours. Pendant le repas, la fée partit pour aller chez le roi Bénin, promettant de revenir pour les noces de Merveilleux et de Violette. Pendant les huit jours que dura son absence, Merveilleux, qui voyait sa mère un peu triste de ne plus être reine, la pria avec tant d'instance d'accepter le royaume de Violette, qu'elle consentit à y régner, à la condition toutefois que le roi Merveilleux et la reine Violette viendraient tous les ans passer trois mois chez elle.

La reine Aimée, avant de quitter ses enfants, voulut assister à leur union. La fée Drôlette, plusieurs fées et génies de ses amis furent convoqués aux noces. Ils eurent tous des présents magnifiques, et ils furent si satisfaits de l'accueil que leur avaient fait le roi Merveilleux et la reine Violette, qu'ils promirent de revenir toutes les fois qu'ils seraient appelés. Deux ans après, ils reçurent tous une nouvelle invitation pour assister à la naissance du premier enfant des jeunes époux. Violette mit au jour une fille, qui fut, comme son père et sa mère, une merveille de bonté et de beauté.

Le roi et la reine ne purent exécuter la promesse qu'ils avaient faite à leur mère. Un des génies qui avaient été invités aux noces de Merveilleux et de Violette, et qui s'appelait Bienveillant, trouva à la reine Aimée tant de douceur, de bonté et de beauté, qu'il l'aima; Il alla la visiter plusieurs fois quand elle fut dans son nouveau royaume; se voyant affectueusement accueilli par la reine, il l'enleva un beau jour dans un tourbillon. La reine Aimée pleura un peu; mais comme elle aimait aussi le génie, elle se consola promptement et consentit à l'épouser. Le roi des génies lui accorda, comme présent de noces, de participer à tous les privilèges de son mari, de ne jamais mourir, de ne jamais vieillir, de se transporter en un clin d'oeil partout où elle voudrait. Elle usa souvent de cette faculté pour voir son fils et ses petits-enfants. Le roi et la reine eurent huit fils et quatre filles; tous sont charmants; ils seront heureux, sans doute, car ils s'aiment tendrement; et leur grand'mère, qui les gâte un peu, dit-on, leur fait donner par leur grand-père, le génie Bienveillant, tout ce qui peut contribuer à leur bonheur.

Passerose, qui était tendrement attachée à la reine Aimée, l'avait suivie dans son nouveau royaume; mais quand le génie enleva la reine dans un tourbillon, Passerose, se voyant oubliée et ne pouvant la suivre, fut si triste de l'isolement dans lequel la laissait le départ de sa chère maîtresse, qu'elle pria la fée Drôlette de la transporter près du roi Merveilleux et de la reine Violette. Elle y resta pour soigner leurs enfants, auxquels elle racontait souvent les aventures d'Ourson et de Violette; elle y est encore, dit-on, malgré les excuses que lui firent le génie et la reine de ne l'avoir pas fait entrer dans le tourbillon.

«Non, non, leur répondit Passerose; restons comme nous sommes. Vous m'avez oubliée une fois, vous pourriez bien m'oublier encore. Ici mon cher Ourson et ma douce Violette n'oublient jamais leur vieille bonne. Je les aime; je leur resterai. Ils m'aiment, ils me garderont.»

Quant au fermier, à l'intendant, au maître de forge, qui avaient été si cruels envers Ourson, ils furent sévèrement punis par la fée Drôlette.

Le fermier fut dévoré par un ours quelques heures après avoir chassé Ourson.

L'intendant fut chassé par son maître pour avoir fait lâcher les chiens, qu'on ne put jamais retrouver. La nuit même, il fut piqué par un serpent venimeux, et expira quelques instants après.

Le maître de forge ayant réprimandé trop brutalement ses ouvriers, ils se saisirent de lui et le précipitèrent dans le fourneau ardent, où il périt en quelques secondes.