Ce souvenir la frappa si douloureusement qu'elle ne s'aperçut pas de la disparition de la jeune personne blanche; elle examinait avec tristesse l'ameublement du salon; elle n'y remarqua qu'un seul meuble que n'avait pas Bonne-Biche dans la forêt des Lilas: c'était une grande armoire en or et en ivoire d'un travail exquis; cette armoire était fermée. Blondine se sentit attirée vers elle par un sentiment indéfinissable, et elle la contemplait sans en pouvoir détourner les yeux, lorsqu'une porte s'ouvrit: une dame belle et jeune encore, magnifiquement vêtue, entra et s'approcha de Blondine.

«Que me voulez-vous, mon enfant? lui dit-elle d'une voix douce et caressante.

—Oh! Madame, s'écria Blondine en se jetant à ses pieds, on m'a dit que vous pouviez me donner des nouvelles de mes chers et excellents amis Bonne-Biche et Beau-Minon. Vous savez sans doute, Madame, par quelle coupable désobéissance je les ai perdus; longtemps je les ai pleurés, les croyant morts: mais la Tortue qui m'a amenée jusqu'ici, m'a donné l'espérance de les retrouver un jour. Dites-moi, Madame, dites-moi s'ils vivent et ce que je dois faire pour mériter le bonheur de les revoir.

—Blondine, dit la fée Bienveillante avec tristesse, vous allez connaître le sort de vos amis; mais, quoi que vous voyiez, ne perdez pas courage ni espérance.»

En disant ces mots, elle releva la tremblante Blondine, et la conduisit devant l'armoire qui avait déjà frappé ses yeux.

«Voici, Blondine, la clef de cette armoire, ouvrez-la vous-même et conservez votre courage.»

Elle remit à Blondine une clef d'or.

Blondine ouvrit l'armoire d'une main tremblante.... Que devint-elle quand elle vit dans cette armoire les peaux de Bonne-Biche et de Beau-Minon, attachées avec des clous de diamant? A cette vue, la malheureuse Blondine poussa un cri déchirant et tomba évanouie dans les bras de la fée.

La porte s'ouvrit encore une fois, et un prince beau comme le jour se précipita vers Blondine en disant:

«Oh! ma mère, l'épreuve est trop forte pour notre chère Blondine.