«Hélas! mon enfant, je ne puis me lever, dit-elle: je n'ai ni jupons, ni robes, ni souliers.

—Vous allez avoir tout cela, chère maman», s'écria Henri.

Et tirant son chardon de sa poche, il le sentit on désirant des robes, du linge, des chaussures pour sa maman, pour lui-même, et du linge pour la maison.

Au même instant, les armoires se trouvèrent pleines de linge, la maman se trouva habillée d'une bonne robe de mérinos, et Henri d'un vêtement complet de drap bleu; il avait de bons souliers, ainsi que sa maman. Tous deux poussèrent un cri de joie; la maman sauta de son lit pour parcourir avec Henri toute la maison; rien n'y manquait, partout des meubles confortables et simples; la cuisine était garnie de casseroles et de marmites; mais il n'y avait rien dedans. Henri sentit son chardon en désirant avoir un bon dîner tout servi. Une table servie et couverte d'une bonne soupe bien fumante, d'un bon gigot, d'un poulet rôti, d'une bonne salade, se plaça immédiatement devant eux; ils se mirent à table et mangèrent avec l'appétit de gens qui n'avaient pas mangé depuis près de trois ans. La soupe fut bien vite avalée; le gigot y passa tout entier, puis le poulet, puis la salade. Quand ils furent rassasiés, la maman, aidée de Henri, ôta le couvert, lava et rangea la vaisselle, nettoya la cuisine. Puis ils firent les lits avec les draps qu'ils trouvèrent dans les armoires, et se couchèrent en remerciant Dieu et la fée Bienfaisante. La maman y ajouta un remerciement sincère pour son fils Henri. Ils vécurent ainsi très heureux, sans jamais manquer de rien, grâce au chardon, sans souffrir ni vieillir, grâce à la griffe, et sans jamais se servir du bâton, car ils étaient heureux dans leur maison et ils ne désiraient pas se transporter ailleurs. Henri se borna à demander à son chardon deux belles vaches, deux bons chevaux et les choses nécessaires à la vie de chaque jour, mais sans jamais demander du superflu, soit en vêtements, soit en nourriture: aussi conserva-t-il son chardon tant qu'il vécut. On ne sait pas s'il vécut longtemps ainsi que sa maman; on croit que la reine des fées les rendit immortels et les transporta dans son palais, où ils sont encore.

HISTOIRE
DE LA PRINCESSE ROSETTE

I

LA FERME

Il y avait un roi et une reine qui avaient trois filles; ils aimaient beaucoup les deux aînées, qui s'appelaient Orangine et Roussette, et qui étaient jumelles; elles étaient belles et spirituelles; mais pas bonnes: elles ressemblaient en cela au roi et à la reine. La plus jeune des princesses, qui avait trois ans de moins que ses soeurs, s'appelait Rosette; elle était aussi jolie qu'aimable, aussi bonne que belle; elle avait pour marraine la fée Puissante, ce qui donnait de la jalousie à Orangine et à Roussette, lesquelles n'avaient pas eu de fées pour marraines. Quelques jours après la naissance de Rosette, le roi et la reine l'envoyèrent en nourrice à la campagne, chez une bonne fermière; elle y vécut très heureuse pendant quinze années, sans que le roi et la reine vinssent la voir une seule fois. Ils envoyaient tous les ans à la fermière une petite somme d'argent, pour payer la dépense de Rosette, faisaient demander de ses nouvelles, mais ne la faisaient jamais venir chez eux et ne s'occupaient pas du tout de son éducation. Rosette eût été mal élevée et ignorante, si sa bonne marraine la fée Puissante ne lui avait envoyé des maîtres et ne lui avait fourni tout ce qui lui était nécessaire. C'est ainsi que Rosette apprit à lire, à écrire, à compter, à travailler; c'est ainsi qu'elle devint très habile musicienne, qu'elle sut dessiner et parler plusieurs langues étrangères. Rosette était la plus jolie, la plus belle, la plus aimable et la plus excellente princesse du monde entier. Jamais Rosette n'avait désobéi à sa nourrice et à sa marraine. Aussi jamais elle n'était grondée; elle ne regrettait pas son père et sa mère, qu'elle ne connaissait pas, et elle ne désirait pas vivre ailleurs que dans la ferme où elle avait été élevée.

Un jour qu'elle était assise sur un banc devant la maison, elle vit arriver un homme en habit et chapeau galonnés, qui, s'approchant d'elle, lui demanda s'il pouvait parler à la princesse Rosette.