Rosette monta dans sa chambre; quand elle fut déshabillée, sa riche parure alla se ranger dans un coffre plus beau que les précédents: il était en ivoire sculpté, garni de clous en turquoises. Quand Rosette fut déshabillée et couchée, elle éteignit sa bougie et dit à mi-voix:

«Ma chère, ma bonne marraine, que dois-je répondre demain au roi Charmant? Dictez ma réponse, chère marraine; quoi que vous m'ordonniez, je vous obéirai.

—Dites oui, ma chère Rosette, répondit la voix douce de la fée; c'est moi qui ai arrangé ce mariage; c'est pour vous faire connaître le roi Charmant que j'ai forcé votre père à vous faire assister à ces fêtes,»

Rosette remercia la bonne fée, et s'endormit après avoir senti sur ses deux joues le baiser maternel de sa protectrice.

V

TROISIÈME ET DERNIÈRE JOURNÉE

Pendant que Rosette dormait paisiblement, le roi, la reine, Orangine et Roussette rugissaient de colère, se querellaient, s'accusaient réciproquement des succès de Rosette et de leur propre humiliation. Un dernier espoir leur restait. Le lendemain, devait avoir lieu une course en chars. Chaque char, attelé de deux chevaux, devait être conduit par une dame. On résolut de donner à Rosette un char très élevé et versant, attelé de deux jeunes chevaux fougueux et non dressés.

«Le roi Charmant n'aura pas, dit la reine, un char et des chevaux de rechange comme le cheval de selle de ce matin: il lui était facile de prendre un des siens; mais il ne pourra pas trouver un char tout attelé.»

La consolante pensée que Rosette pouvait être tuée ou grièvement blessée et défigurée le lendemain, ramena la paix entre ces quatre méchantes personnes; elles allèrent se coucher, rêvant aux meilleurs moyens de se débarrasser de Rosette, si la course en chars ne suffisait pas.

Orangine et Roussette dormirent peu, de sorte qu'elles étaient encore plus laides et plus défaites que la veille.