Et on vit approcher un petit char de perles et de nacre, attelé de deux magnifiques chevaux blancs, dont les harnais étaient en velours paille orné de saphirs.
Charmant ne savait s'il devait laisser Rosette monter dans un char inconnu; il craignait encore quelque scélératesse du roi et de la reine. La voix de la fée dit à son oreille:
«Laissez monter Rosette; ce char et ces chevaux sont un présent de moi. Suivez-la partout où la mènera son équipage. La journée s'avance, je n'ai que quelques heures à donner à Rosette; il faut qu'elle soit dans votre royaume avant ce soir.»
Charmant aida Rosette à monter dans le char et sauta sur son cheval. Tous les chars partirent; celui de Rosette partit aussi: Charmant ne le quittait pas d'un pas. Au bout de quelques instants, deux chars montés par des femmes voilées cherchèrent à devancer celui de Rosette; l'un d'eux se précipita avec une telle force contre celui de Rosette qu'il l'eût inévitablement mis en pièces, si ce char n'eût pas été fabriqué par les fées: ce fut donc le char lourd et massif qui fut brisé; la femme voilée fut lancée sur des pierres, où elle resta étendue sans mouvement. Pendant que Rosette, qui avait reconnu Orangine, cherchait à arrêter ses chevaux, l'autre char s'élança sur celui de Rosette et l'accrocha avec la même violence que le premier; il éprouva aussi le même sort: il fut brisé, et la femme voilée lancée sur des pierres qui semblèrent se placer là pour la recevoir.
Rosette reconnut Roussette; elle allait descendre, lorsque Charmant l'en empêcha en disant:
«Écoutez, Rosette.
—Marchez, dit la voix; le roi accourt avec une troupe nombreuse pour vous tuer tous les deux; le soleil se couche dans peu d'heures; je n'ai que le temps de vous sauver. Laissez aller mes chevaux, abandonnez le vôtre, roi Charmant.»
Charmant sauta dans le char, près de Rosette, qui était plus morte que vive; les chevaux partirent avec une vitesse telle qu'ils faisaient plus de vingt lieues à l'heure. Pendant longtemps ils se virent poursuivis par le roi, suivi d'une troupe nombreuse d'hommes armés, mais qui ne purent lutter contre des chevaux fées; le char volait toujours avec rapidité; les chevaux redoublaient tellement de vitesse qu'ils finirent par faire cent lieues à l'heure. Ils coururent ainsi pendant six heures, au bout desquelles ils s'arrêtèrent au pied de l'escalier du roi Charmant.
Tout le palais était illuminé; toute la cour, en habits de fête, attendait le roi au bas du perron.