Gourmandinet fit signe de la tête que oui; il n'avait pas la force de parler.
«Viens, dit-elle, voilà ta récompense.»
Et elle lui montra un coffre plein de bonbons de toutes sortes. Elle fit enlever ce coffre par un valet, et le fit attacher sur un des mulets qui avaient amené ses bijoux.
«Je confie ce coffre à Gourmandinet, pour qu'il le porte à mon père. Partez, Gourmandinet, et revenez-en chercher un autre dans un mois.»
Elle lui remit en même temps une bourse pleine d'or dans la main. Gourmandinet monta sur le mulet sans mot dire. Il partit au galop; bientôt le mulet, qui était méchant et entêté, impatienté du poids de la caisse, se mit à ruer, à se cambrer, et fit si bien qu'il jeta par terre Gourmandinet et le coffre. Gourmandinet, qui ne savait pas se tenir sur un cheval ni sur un mulet, tomba la tête sur des pierres et mourut sur le coup. Ainsi il ne retira même pas de son crime le profit qu'il en avait espéré, puisqu'il n'avait pas encore goûté les bonbons que lui avait donnés la reine.
Personne ne le regretta, car personne ne l'avait aimé, excepté la pauvre Blondine, que nous allons rejoindre dans la forêt des Lilas.
III
LA FORÊT DES LILAS
Quand Blondine fut entrée dans la forêt, elle se mit à cueillir de belles branches de lilas, se réjouissant d'en avoir autant et qui sentaient si bon. A mesure qu'elle en cueillait, elle en voyait de plus beaux; alors elle vidait son tablier et son chapeau qui en étaient pleins, et elle les remplissait encore.
Il y avait plus d'une heure que Blondine était ainsi occupée; elle avait chaud; elle commençait à se sentir fatiguée; les lilas étaient lourds à porter, et elle pensa qu'il était temps de retourner au palais. Elle se retourna et se vit entourée de lilas; elle appela Gourmandinet: personne ne lui répondit. «Il parait que j'ai été plus loin que je ne croyais, dit Blondine: je vais retourner sur mes pas, quoique je sois un peu fatiguée, et Gourmandinet m'entendra et viendra au-devant de moi.»