«Remercie-moi donc, Rosalie, de t'avoir si bien aidée. C'est moi qui t'envoyais la nuit ces beaux rêves de la toile mystérieuse; c'est moi qui ai rongé la toile pour te faciliter les moyens d'y regarder; sans cette dernière ruse, je crois bien que tu étais perdue pour moi, ainsi que ton père et ton prince Gracieux. Mais encore une petite peccadille, ma mie, et vous serez à moi pour toujours.»

Et la Souris, dans sa joie infernale, se mit à danser autour de Rosalie; ces paroles, toutes méchantes qu'elles étaient, n'excitèrent pas la colère de Rosalie.

«C'est ma faute, se dit-elle; sans ma fatale curiosité, sans ma coupable ingratitude, la Souris grise n'aurait pas réussi à me faire commettre une si indigne action. Je dois l'expier par ma douleur, par ma patience et par la ferme volonté de résister à la troisième épreuve, quelque difficile qu'elle soit. D'ailleurs, je n'ai que quelques heures d'attente, et de moi dépendent, comme le disait mon cher prince, son bonheur, celui de mon père et le mien.»

Rosalie ne bougea donc pas; la Souris grise avait beau employer tous les moyens possibles pour la faire marcher, Rosalie persista à rester en face des ruines du palais.

V

LA CASSETTE

Toute la journée se passa ainsi; Rosalie souffrait cruellement de la soif.

«Ne dois-je pas souffrir bien plus encore, se disait-elle, pour me punir de ce que j'ai fait souffrir à mon père et à mon cousin? J'attendrai ici mes quinze ans.»

La nuit commençait à tomber, quand une vieille femme, qui passait, s'approcha d'elle et lui dit:

«Ma belle enfant, voudriez-vous me rendre le service de me garder cette cassette qui est bien lourde à porter, pendant que je vais aller près d'ici voir une parente?