«Venez, Rosalie; vous avez enfin triomphé de la cruelle ennemie de votre famille; je vais vous rendre à votre père; mais auparavant buvez et mangez.»

Et la fée lui présenta un fruit dont une seule bouchée rassasia et désaltéra Rosalie. Aussitôt un char attelé de deux dragons se trouva près de la fée, qui y monta et y fit monter Rosalie.

Rosalie, revenue de sa surprise, remercia vivement la fée de sa protection, et lui demanda si elle n'allait pas revoir son père et le prince Gracieux.

«Votre père vous attend dans le palais du prince.

—Mais, Madame, je croyais le palais du prince détruit, et lui-même blessé et réduit à la misère.

—Ce n'était qu'une illusion pour vous donner plus d'horreur de votre curiosité, Rosalie, et pour vous empêcher d'y succomber une troisième fois. Vous allez retrouver le palais du prince tel qu'il était avant que vous ayez déchiré la toile qui recouvrait l'arbre précieux qu'il vous destine.»

Comme la fée achevait ces mots, le char s'arrêta près du perron du palais. Le père de Rosalie et le prince l'attendaient avec toute la cour. Rosalie se jeta dans les bras de son père et dans ceux du prince, qui n'eut pas l'air de se souvenir de sa faute de la veille. Tout était prêt pour la cérémonie du mariage, qu'on célébra immédiatement; toutes les fées assistèrent aux fêtes, qui durèrent plusieurs jours. Le père de Rosalie vécut près de ses enfants. Rosalie fut à jamais guérie de sa curiosité; elle fut tendrement aimée du prince Gracieux, qu'elle aima toute sa vie; ils eurent de beaux enfants, et ils leur donnèrent pour marraines des fées puissantes, afin de les protéger contre les mauvaises fées et les mauvais génies.

OURSON