—Arrêtez, ma soeur», interrompit une petite voix douce et flûtée qui semblait venir d'en haut. (Agnella leva la tête et vit une Alouette perchée sur le haut de la porte d'entrée.) «Vous vous vengez trop cruellement d'une injure infligée non à votre caractère de fée, mais à la laide et sale enveloppe que vous avez choisie. Par l'effet de ma puissance, supérieure à la vôtre, je vous défends d'aggraver le mal que vous avez déjà fait et qu'il n'est pas en mon pouvoir de défaire. Et vous, pauvre mère, continua-t-elle en s'adressant à Agnella, ne désespérez pas; il y aura un remède possible à la difformité de votre enfant. Je lui accorde la facilité de changer de peau avec la personne à laquelle il aura, par sa bonté et par des services rendus, inspiré une reconnaissance et une affection assez vives pour qu'elle consente à cet échange. Il reprendra alors la beauté qu'il aurait eue si ma soeur la fée Rageuse n'était venue faire preuve de son mauvais caractère.
—Hélas, Madame l'Alouette, répondit Agnella, votre bon vouloir n'empêchera pas mon pauvre fils d'être horrible et semblable à une bête.
—C'est vrai, répliqua la fée Drôlette, d'autant qu'il vous est interdit, ainsi qu'à Passerose, d'user de la faculté de changer de peau avec lui; mais je ne vous abandonnerai pas, non plus que votre fils. Vous le nommerez Ourson jusqu'au jour où il pourra reprendre un nom digne de sa naissance et de sa beauté; il s'appellera alors le prince Merveilleux.»
En disant ces mots, la fée disparut, s'envolant dans les airs.
La fée Rageuse se retira pleine de fureur, marchant pesamment et se retournant à chaque pas pour regarder Agnella d'un air irrité. Tout le long du chemin qu'elle suivit, elle souffla du venin, de sorte qu'elle fit périr l'herbe, les plantes et les arbustes qui se trouvèrent sur son passage. C'était un venin si subtil, que jamais l'herbe n'y repoussa et que maintenant encore on appelle ce sentier le Chemin de la fée Rageuse.
Quand Agnella fut seule, elle se mit à sangloter. Passerose, qui avait fini son ouvrage, et qui sentait approcher l'heure du souper, entra dans la salle, et vit avec surprise sa maîtresse en larmes.
«Chère reine, qu'avez-vous? Qui peut avoir causé votre chagrin? Je n'ai jamais vu entrer personne dans la maison.
—Personne, ma fille, excepté celles qui entrent partout: une fée méchante sous la forme d'un crapaud, et une bonne fée sous l'apparence d'une alouette.
—Que vous ont dit ces fées qui vous fasse ainsi pleurer, chère reine? La bonne fée n'a-t-elle pas empêché le mal que voulait vous faire la mauvaise?