Agnella prit les bracelets, les retourna, les pressa de tous côtés pour ouvrir le médaillon; elle ne fut pas plus habile que Passerose.
Au moment où, lassée de ses vains efforts, elle remettait les bracelets à Passerose, elle vit dans le milieu de la chambre une femme brillante comme un soleil. Son visage était d'une blancheur éclatante; ses cheveux semblaient être des fils d'or; une couronne d'étoiles resplendissantes ornait son front; sa taille était moyenne; toute sa personne semblait transparente, tant elle était légère et lumineuse; sa robe flottante était parsemée d'étoiles semblables à celles de son front; son regard était doux; elle souriait malicieusement, mais avec bonté.
«Madame, dit-elle à la reine, vous voyez en moi la fée Drôlette; je protège votre fils et la petite princesse qu'il a ramenée ce matin de la forêt. Cette princesse vous tient de près: elle est votre nièce, fille de votre beau-frère Indolent et de votre belle-soeur Nonchalante. Votre mari est parvenu, après votre fuite, à tuer Indolent et Nonchalante, qui ne se méfiaient pas de lui et qui passaient leurs journées à dormir, à manger, à se reposer. Je n'ai pu malheureusement empêcher ce crime, parce que j'assistais à la naissance d'un prince dont je protège les parents, et je me suis oubliée à jouer des tours à une vieille dame d'honneur méchante et guindée, et à un vieux chambellan avare et grondeur, grands amis tous deux de ma soeur Rageuse. Mais je suis arrivée à temps pour sauver la princesse Violette, seule fille et héritière du roi Indolent et de la reine Nonchalante. Elle jouait dans un jardin; le roi Féroce la cherchait pour la poignarder; je l'ai fait monter sur le dos de mon chien Ami, qui a reçu l'ordre de la déposer dans le bois où j'ai dirigé les pas du prince votre fils. Cachez à tous deux leur naissance et la vôtre. Ne montrez à Violette ni les bracelets qui renferment les portraits de son père et de sa mère, ni les riches vêtements que j'ai remplacés par d'autres plus conformes à l'existence qu'elle doit mener à l'avenir. Voici, ajouta la fée, une cassette de pierres précieuses; elle contient le bonheur de Violette; mais vous devez la cacher à tous les yeux et ne l'ouvrir que lorsqu'elle aura été perdue et retrouvée.
—J'exécuterai fidèlement vos ordres, Madame, répondit Agnella; mais daignez me dire si mon pauvre Ourson devra conserver longtemps encore sa hideuse enveloppe.
—Patience, patience, dit la fée; je veille sur vous, sur lui, sur Violette. Instruisez Ourson de la faculté que je lui ai donnée de changer de peau avec la personne qui l'aimera assez pour accomplir ce sacrifice. Souvenez-vous que nul ne doit connaître le rang d'Ourson ni de Violette. Passerose a mérité par son dévouement d'être seule initiée à ce mystère; à elle vous pouvez toujours tout confier. Adieu, reine; comptez sur ma protection; voici une bague que vous allez passer à votre petit doigt; tant qu'elle y sera, vous ne manquerez de rien.»
Et faisant un signe d'adieu avec la main, la fée reprit la forme d'une alouette et s'envola à tires d'aile en chantant.
Agnella et Passerose se regardèrent; Agnella soupira, Passerose sourit.
«Cachons cette précieuse cassette, chère reine, ainsi que les vêtements de Violette. Je vais aller voir bien'vite ce que la fée lui a préparé pour sa toilette de demain.»
Elle y courut en effet, ouvrit l'armoire, et la trouva pleine de vêtements, de linge, de chaussures simples mais commodes. Après avoir tout regardé, tout compté, tout approuvé, après avoir aidé Agnella à se déshabiller, Passerose alla se coucher et ne tarda pas à s'endormir.