ANFRY

A la volonté de Dieu! Je ne crains pas les gronderies quand je ne les mérite pas.»

Le domestique s'en retourna encore une fois en grommelant, et Anfry alla à son jardin; tout en bêchant, il souriait en se disant:

«Blaisot a eu une bonne idée tout de même! C'est qu'il n'est pas bête, ce garçon!»

Mais M. de Trénilly ne se décourageait pas si facilement; il voyait bien que Blaise ne venait pas parce qu'il ne s'en souciait pas, et que le travail à la ferme n'était qu'un prétexte. Cette résistance l'irritait sans le surprendre. D'après ce que lui avait raconté Hélène pour la justification du pauvre Blaise, il avait conçu de l'estime pour lui, et il commençait à croire que Jules avait pu être trompé par les apparences et s'être mépris sur les intentions de Blaise. Jules, de son côté, qui ne pouvait s'empêcher de reconnaître la bonté et la complaisance de Blaise, parlait souvent du désir qu'il avait de le revoir et de l'avoir pour compagnon de jeux. M. de Trénilly admirait la générosité de son fils, qui oubliait les méfaits de Blaise, et il se promettait de satisfaire son désir dès qu'ils seraient de retour à la campagne. La maladie que fit Jules à la suite d'une chute de cheval dans une partie de cerises à Montmorency hâta ce retour. Jules demanda Blaise dès son arrivée, et il fut très contrarié de devoir attendre au lendemain.

Ce fut bien pis quand il sut le lendemain que Blaise était au catéchisme, qu'il fallait l'attendre jusqu'à midi. Mais quand il vit une seconde fois revenir le domestique sans Blaise, et qu'il sut qu'il en serait de même tous les jours, il se mit à pleurer amèrement. Son père lui offrit vainement des livres, des couleurs et tout ce qui pouvait l'amuser. Jules pleurait toujours, refusait toute distraction, et ne cessait de demander Blaise. M. de Trénilly, qui l'aimait avec une faiblesse qu'il n'avait jamais montrée que pour ce fils indigne de sa tendresse, lui promit de faire en sorte de dégager Blaise de son travail de ferme et de le ramener dans une heure avec lui. Jules se calma d'après cette assurance, et resta tranquillement étendu dans son fauteuil. M. de Trénilly se rendit précipitamment à la maison d'Anfry: mais Anfry était sorti pour faire des fagots dans le bois.

De plus en plus contrarié, mais contenant son humeur, M. de Trénilly alla à la ferme et demanda Blaise. On lui dit qu'il était dans les prés à garder les vaches.

«Allez le chercher, dit M. de Trénilly; remplacez-le par quelqu'un, j'ai besoin de lui tout de suite; je l'attends ici.»

Et il s'assit sur une chaise que lui offrit la fermière, non sans quelque crainte; l'air sombre et mécontent du comte la terrifiait; aussi ne tarda-t-elle pas à s'esquiver, sous un léger prétexte; elle prévint ses enfants de ne pas entrer dans la salle, de peur de se faire gronder par M. le comte, qui n'avait pas l'air aimable, disait-elle, et elle alla voir qui on pourrait mettre à la place de Blaise.

Les enfants de la ferme, dont le plus âgé avait huit ans et le plus jeune quatre, se gardèrent d'abord d'entrer dans la salle; mais la crainte fit bientôt place à la curiosité; l'aîné, Robert, alla tout doucement regarder à la fenêtre pour voir comment était la figure peu aimable de M. le comte. Il recommanda à ses frères de l'attendre dehors et de ne pas bouger. Peu de minutes après il revint et leur dit à voix basse: