LE CERF-VOLANT
Après quelques minutes de marche, M. de Trénilly se retourna, et, voyant l'air malheureux de Blaise, il ne put s'empêcher de sourire et de lui demander s'il croyait aussi devoir être dévoré.
Blaise rougit et balbutia quelques paroles inintelligibles.
«Ecoute, Blaise, dit M. de Trénilly, tu sais sans doute que mon pauvre Jules est malade et que j'ai besoin de toi pour le distraire?»
Blaise ne répondit pas; le comte reprit:
«Je sais que tu as fait l'année dernière quelques sottises, mais je veux les oublier en raison des bons sentiments que tu as manifestés depuis, d'après ce que m'a dit Hélène. Je désire que tu viennes tous les jours chez Jules depuis midi jusqu'au soir pour être son compagnon de jeux et de travail, et que tu n'ailles plus à la ferme. Acceptes-tu?
—Monsieur le comte, répondit Blaise en balbutiant, je suis fâché... Je ne peux pas... Papa désire que je travaille, que je gagne...
—Oh! quant à ton gain, je te promets que tu n'y perdras pas; je te donnerai le double de ce que tu reçois à la ferme.
—Monsieur le comte, dit Blaise, reprenant un peu courage, je ne pourrais pas entrer au château avec l'opinion que vous avez de moi. Je n'ai pas mérité les reproches que vous m'adressiez l'année dernière, et je ne puis vous promettre de faire autrement cette année. M. Jules ne m'aime pas; je ne dis pas qu'il ait tort; mais je ne crois pas possible que je reste près de lui dans les sentiments que je lui connais.
LE COMTE