«Que lui ai-je donc fait, se dit-il, pour qu'il soit si méchant pour moi? J'ai beau m'efforcer à lui faire plaisir, il tourne tout contre moi; jamais je n'entends sortir de sa bouche une parole de bonté, de remerciement! Toujours des reproches, des injures, de l'ingratitude!... Mon Dieu, mon Dieu, ajouta-t-il en redoublant ses sanglots, pardonnez-moi ces murmures; que votre volonté soit faite et non la mienne. Corrigez ce pauvre M. Jules, changez son coeur, rendez-le bon et charitable pour que je puisse l'aimer comme je le voudrais et le servir avec affection comme mon bon petit M. Jacques. Mon bon, mon cher petit Monsieur Jacques, pourquoi êtes-vous parti? j'étais si heureux avec vous, je vous aimais tant!... Mais... dit-il en séchant ses larmes, pourquoi ce chagrin? ne devrais-je pas me trouver heureux de souffrir pour expier les fautes que je commets et pour ressembler à Notre-Seigneur? Voyons, pas de faiblesse,... du courage! Je vais laver mes yeux dans l'eau du fossé et je vais reprendre ma gaieté. C'est que M. Jules a raison! Il est très vrai que je suis un imbécile. S'il a brisé ce cerf-volant, ne voilà-t-il pas un grand malheur! J'en referai un autre demain... L'autre n'était pas joli tout de même, se dit-il en souriant; les peintures étaient toutes drôles... C'est naturel, je ne sais pas peindre. Allons, j'y vois clair maintenant; j'ai été tout bonnement vexé de n'avoir pas été admiré; c'est de l'orgueil tout cela. Ce soir, en me couchant, j'en demanderai pardon au bon Dieu.»

Et le bon petit Blaise reprit toute sa bonne humeur, et rentra en chantant à la maison.

«A la bonne heure, dit Anfry; voilà notre Blaisot qui rentre gaiement. Il n'y a donc pas eu d'orage cette fois-ci, mon garçon?

MADAME ANFRY

Tiens, comme tes yeux sont rouges, mon ami? on dirait que tu as pleuré;... mais oui,... bien sûr, tu as pleuré!

BLAISE, riant

C'est vrai, maman, j'ai pleuré; mais cette fois, c'est ma faute; je suis un nigaud et un orgueilleux.

ANFRY

Un nigaud, c'est possible; un orgueilleux, non.

BLAISE