—Tout le monde sait donc ce que je suis? dit Jules avec accablement.
BLAISE
Personne, Monsieur Jules, personne que votre papa et moi. Il n'y a que nous deux qui approchions de vous.
JULES
Et papa sait tout! Comme il doit me mépriser!
—Jules, mon enfant chéri, s'écria le comte, incapable de résister plus longtemps au désir de le rassurer; Jules! je t'aime toujours; plus qu'avant ta maladie, parce que je vois tes remords et que je t'en estime davantage. Oh! Jules! mon cher fils! le vrai coupable, c'est moi, qui ne t'ai jamais parlé du bon Dieu et qui t'ai donné un si triste exemple. Jules! pardonne-moi, mon enfant; c'est ton père qui a besoin de pardon, parce qu'il est le vrai, le grand coupable!»
Jules, étonné, attendri, ne pouvait parler, mais il répondait à l'étreinte passionnée de son père en le couvrant de larmes. Le comte eut peur en le voyant ainsi pleurer; mais ces pleurs étaient un baume pour l'âme malade de Jules; ces larmes le soulageaient.
«Papa! papa! laissez-moi pleurer, dit Jules retenant son père, qui cherchait à s'éloigner, pleurer dans vos bras!... Quel bien me font ces larmes! Comme je me sens mieux! Quel soulagement, quel bonheur de n'avoir plus rien à vous cacher, de savoir que vous connaissez la vérité, toute la vérité! Pauvre Blaise!
—Oui, pauvre Blaise en effet! Mais à l'avenir nous l'aimerons tant, nous tâcherons de le rendre si heureux, qu'il ne sera plus pauvre Blaise! Je lui ai de grandes obligations, car c'est à lui que je dois le changement de mon coeur, que je dois de savoir aimer Dieu et prier. Et toi aussi, mon fils, mon cher fils, c'est lui qui le premier t'a donné des sentiments de repentir; il t'a touché par sa patience, sa charité, sa générosité, son admirable humilité.
—C'est vrai, papa! Mais vous savez donc tout? ajouta Jules en souriant.