Les parents de Blaise avaient déjà achevé de déjeuner quand il entra dans la cuisine, un peu honteux de sa longue nuit; mais son père le rassura en lui disant que ce sommeil avait été nécessaire pour le reposer de tant de jours et de nuits passés dans l'inquiétude et les veilles. Blaise se dépêcha de déjeuner et courut au château pour reprendre son poste près de Jules. La nuit avait été excellente, et le sommeil de Jules n'avait été interrompu que deux fois, par le besoin de prendre de la nourriture; il avait bu du bouillon; le médecin, qui sortait d'auprès de lui, avait permis des soupes, et Jules était en train d'en manger une quand Blaise entra. M. de Trénilly alla à lui et l'embrassa avec tendresse, à la grande surprise du domestique qui avait apporté la soupe. Jules lui tendit la main en souriant, ce qui augmenta l'étonnement du domestique.
«Eh bien, mes amis, dit-il à ses camarades en rentrant à l'office, voilà du nouveau! Si je ne l'avais pas vu, je ne le croirais pas! M. le comte qui embrasse le petit Anfry, et M. Jules qui lui tend la main et qui lui sourit!
—Tiens, tiens, tiens! du nouveau en effet! Comment, M. le comte, qui est si fier qu'il ne vous regarde seulement pas, et qu'il semble se croire au-dessus de tout le monde, touche et embrasse le petit Anfry! Du nouveau, comme tu dis, Adrien.
—Vont-ils être fiers, ces Anfry! reprit Adrien. Et le petit, va-t-il devenir insolent!
—C'est qu'il faudra le saluer bien bas à son passage!
—Et le servir comme un maître! comme M. Jules!
—Eh bien, dit le premier valet de chambre, je ne suis pas là-dessus, moi, du même avis que vous: je ne crois pas que le petit change sa manière pour cela. Il est bon et honnête, cet enfant.
—Honnête et bon! laisse donc! Tu as déjà oublié toutes ses histoires de l'année dernière.
—Ma foi, mes amis, pour vous dire la vérité, eh bien, entre nous, je n'ai jamais beaucoup cru à ces histoires. Nous connaissons bien M. Jules et de quoi il est capable.
—Il est certain qu'il est mauvais et méchant, que c'en est répugnant.