«Papa, disait-il, j'attends le retour de maman et d'Hélène pour achever ma réparation à Blaise: ce sera une bonne manière de me préparer à la première communion que nous devons faire ensemble.

LE COMTE

Que veux-tu donc faire de mieux que ce que tu fais maintenant, mon pauvre Jules? Blaise semble être parfaitement heureux.

JULES

Papa, Blaise se contentera toujours de peu; mais il m'a beaucoup parlé, depuis ma maladie, de ses devoirs envers Dieu, envers les hommes et envers lui-même; il m'a expliqué sur les motifs de sa conduite des choses que je n'aurais jamais sues sans lui; M. le curé, qui vient tous les jours, me dit aussi de bonnes choses; vous verrez, papa, que ce que je veux faire sera bon et vous fera plaisir. Car, vous aussi, cher papa, vous êtes tout changé. Depuis que vous couchez dans ma chambre, je vois bien comme vous priez et comme vous pleurez en priant; j'ai bien vu que vous causiez avec le curé; c'est tout cela qui fait du bien, papa; votre exemple m'encourage, me donne de bonnes pensées que je n'avais jamais eues auparavant... C'est singulier.

LE COMTE

Non, mon ami. C'est très naturel. Comme je te l'ai dit le jour où je me suis montré pour la première fois près de ton lit de mourant, c'est moi qui étais coupable de tes fautes; c'est moi qui devais les payer. Le bon Dieu s'est servi du pauvre Blaise pour m'éclairer; ta maladie, en amollissant mon coeur, m'a permis de comprendre mes torts immenses envers ta pauvre âme, que je perdais par ma faiblesse et par mon irréligion. Dieu m'a touché par l'intermédiaire de Blaise, et tu as fait comme ton père, que tu aimes et que tu rends bien heureux par ton changement.

Le père et le fils s'embrassèrent avec tendresse; Blaise arriva peu de temps après; il continuait à passer tout son après-midi avec Jules et le comte.

Les forces de Jules revenaient sensiblement, il commençait à faire d'assez longues promenades dans la campagne; on s'étonnait au village de voir que Blaise l'accompagnait toujours et était traité amicalement par le comte.

Mme de Trénilly était attendu très prochainement avec Hélène; ni l'une ni l'autre n'avaient su ni la gravité de la maladie de Jules, ni le retour de Blaise dans le château, ni le changement du comte et de Jules. Hélène avait renouvelé sa première communion avec une grande piété et avait ardemment prié pour la conversion de son père et de Jules. On s'apprêtait au château à les recevoir avec une affection inaccoutumée. Le jour de l'arrivée étant fixé, Jules demanda à son père de rassembler toute la maison dans le salon, le soir de l'arrivée de la comtesse et d'Hélène; son père lui avait vainement demandé quelle était son intention en convoquant ainsi tous les gens, y compris Anfry, sa femme et Blaise.