Et je crois que tu ne seras pas souvent trompé dans ton attente, mon ami.»
XVII
LA CORRESPONDANCE
«Une lettre pour M. Blaise», dit un jour le facteur en présentant à Anfry une lettre sous enveloppe, avec un beau cachet.
Anfry prit la lettre et la remit à Blaise, qui s'empressa de la décacheter, tout surpris d'en recevoir une.
«C'est de M. Jacques, s'écria-t-il en regardant la signature.
—Ah! voyons donc! Que te dit-il?»
Blaise lut tout haut:
«Mon cher Blaise, il y a si longtemps que nous nous sommes quittés que tu m'as peut-être oublié; mais moi, je pense souvent à toi et je t'aime toujours. Quand je suis parti, j'écrivais si mal et si lentement que je ne pouvais pas t'envoyer de lettres; à présent, j'ai neuf ans, je travaille beaucoup et je commence à devenir savant. Il est arrivé une chose très drôle chez un monsieur qui demeure près de chez nous: sa maison a brûlé (ce n'est pas cela qui est drôle, comme tu penses); après l'incendie, toutes les souris sont devenues blanches; il y en avait beaucoup, et il y en a encore une quantité; avant, elles étaient grises, comme toutes les souris. Papa ne voulait pas le croire; alors M. Roussel a attrapé des souris avec un petit chien qui est très habile pour cela, et papa et moi nous avons vu que toutes les souris attrapées étaient réellement blanches.—Je m'amuse assez, mais pas tant qu'avec toi; je n'ai pas un seul bon camarade bon comme toi; ce qui est singulier et très désagréable, c'est qu'ils sont tous un peu menteurs; quand ils ont fait une sottise, ils ne veulent jamais l'avouer, et ils disent: ce n'est pas moi. Moi je continue à toujours dire la vérité, comme tu me l'a conseillé, et tout le monde me croit. Ecris-moi quand tu dois faire ta première communion, et quel jour ce sera, pour que je pense à toi et que je prie pour toi ce jour-là. Dis-moi aussi ce que tu fais, si tu es heureux, si les enfants du monsieur qui a acheté notre château sont bons pour toi, s'ils t'aiment. On a dit à papa l'autre jour que le monsieur lui-même était méchant; cela m'a fait peur pour toi, mon pauvre Blaise, toi qui es si bon. Ne va pas chez lui s'il est méchant; il te ferait du mal.—Raconte-moi ce que tu fais, et pense souvent à moi, comme je pense souvent à toi. Adieu, mon cher Blaise, je t'embrasse de tout mon coeur; embrasse pour moi ton papa et ta maman.
«Ton ami, JACQUES DE BERNE.»